2021, l’année charnière

temps de lectureTemps de lecture 8 min

iconeExtrait de l’hebdo n°3759

Plans sociaux, faillites, perte de productivité… : l’année s’annonce particulièrement difficile sur le front de l’emploi.
Quelque 35 000 suppressions de postes ont été recensées depuis septembre. Et certains secteurs sont toujours à l’arrêt.

Par Anne-Sophie Balle et Emmanuelle Pirat— Publié le 11/01/2021 à 13h34 et mis à jour le 14/01/2021 à 13h59

Sur un secteur comme l’hôtellerie-restauration, sévèrement impacté par la crise, plane la menace de faillites en série.
Sur un secteur comme l’hôtellerie-restauration, sévèrement impacté par la crise, plane la menace de faillites en série.©Xavier Popy Réa

1. Association des journalistes de l’information sociale

Après les deux vagues épidémiques de 2020, la troisième vague sera-t-elle économique ? La question est sur toutes les lèvres en ce début d’année, et les chiffres ne sont guère rassurants. À la fin de 2020, la Dares dénombrait 657 plans de sauvegarde de l’emploi (PSE) déclenchés depuis mars représentant 67 605 emplois, soit plus du double par rapport à 2019. Les destructions d’emplois s’accélèrent depuis septembre – 35 000 recensées ces trois derniers mois – et touchent principalement l’industrie manufacturière, le commerce et l’hébergement-restauration. Un sombre tableau, y compris pour le gouvernement, qui avait voulu voir dans le rebond du troisième trimestre un signe de reprise encourageant : après 687 100 emplois détruits lors du premier confinement, la reprise de l’activité avait en effet permis d’en recréer 401 100, indique l’Insee dans une note de conjoncture parue au début décembre.

Mais « le second confinement, commencé fin octobre, a produit un nouveau choc sur l’activité d’environ 10 % », rappelle l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). Plus faible qu’au printemps, cette nouvelle baisse a en réalité un impact beaucoup plus important pour les secteurs déjà en difficulté comme le tourisme ou l’hôtellerie-restauration, et qui se retrouvent durablement fragilisés, faisant planer la menace de faillites en série dans les prochains mois. « Or une baisse d’activité marquée par un grand nombre de faillites a beaucoup plus d’impact sur l’emploi », prévient Éric Heyer, économiste à l’OFCE.

Chômage partiel, oui mais jusqu’à quand ?

Si les défaillances d’entreprises n’ont pas encore explosé, c’est parce qu’elles sont, pour une large part, toujours sous perfusion. « L’État comme les partenaires sociaux ont joué leur rôle dans la période en inventant de nouveaux dispositifs (APLD, transitions collectives) et en faisant dès le début de la crise le choix du maintien de l’emploi pour ne pas répéter les erreurs de 2008, note Marylise Léon, secrétaire générale adjointe. Mais les projections interrogent inévitablement le caractère durable du dispositif d’activité partielle et rendent stratégiques les négociations d’entreprises concernant l’APLD, les RCC et autres APC. » Certains craignent déjà d’avoir créé une bombe à retardement. La question est en fait de savoir quelle stratégie adopteront les entreprises dans les prochaines semaines, avec la baisse attendue des taux de prise en charge.

En novembre, 2,9 millions de salariés ont été, au moins temporairement, en chômage partiel, soit 16 % des salariés du privé. Le secteur de l’hôtellerie-restauration reste le plus touché (43 % des salariés) et continuera à bénéficier, comme tous les secteurs dits protégés, d’une prise en charge à 100 % (et 84 % à 100 % du net pour les salariés). La baisse des taux de prise en charge, initialement prévue au 1er novembre, a été repoussée au début de cette année, sans date butoir précise. « Nous ne lâcherons pas d’un coup des secteurs protégés depuis neuf mois !, assurait récemment la ministre du Travail lors d’une rencontre organisée par l’Ajis1. Au début de l’année prochaine, et s’il n’y a pas de troisième vague, nous allons nous efforcer de réserver le dispositif [pris en charge à 100 %] aux secteurs les plus affectés. Il faudra le faire finement : certains, comme la restauration, devraient pouvoir reprendre assez vite ; d’autres, comme l’événementiel, auront besoin de plus de temps. » Pour ces établissements et leurs salariés, comme pour les secteurs moins visibles mais durement impactés par la crise (agriculture, banques, bâtiment), l’année 2021 s’annonce particulièrement complexe.

L’agroalimentaire, un secteur diversement touché

Dans l’agriculture ainsi que l’agroalimentaire, les filières ne s’en tirent pas toutes de la même façon. Il y a celles qui payent au prix fort – voire très fortement – les mesures du second confinement et les restrictions de la fin de l’année 2020, en particulier celles touchant à la restauration traditionnelle, et « tout ce qui concerne les produits festifs », note Fabien Guimbretière, secrétaire général de la Fédération générale de l’Agroalimentaire (FGA). La filière volailles, dont presque un tiers du chiffre d’affaires annuel se fait pendant les derniers mois de l’année (vente de dindes, de canards, etc.) pourrait ainsi se voir très impactée par la crise sanitaire. D’autres telles la confiserie et la pâtisserie industrielle connaissent des situations difficiles, « même si certaines étaient déjà en difficulté avant la crise sanitaire », nuance Fabien. La viticulture est également très touchée, mais de manière hétérogène.