Disneyland Paris, négocier pour traverser la crise sanitaire

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iconeExtrait de l’hebdo n°3778

La CFDT est restée active durant la longue période de fermeture des parcs Disneyland franciliens pour accompagner les salariés et négocier des accords. 

Par Fabrice Dedieu— Publié le 18/05/2021 à 12h00

L’organisation et le temps de travail sont au cœur des discussions menées avec les organisations syndicales depuis le début de la crise pour les 14 620 salariés du site Disneyland Paris.
L’organisation et le temps de travail sont au cœur des discussions menées avec les organisations syndicales depuis le début de la crise pour les 14 620 salariés du site Disneyland Paris.© Bruno ARBESU/REA

L’horizon se dégage pour les parcs d’attractions. Fin avril, les annonces d’Emmanuel Macron concernant le déconfinement avaient entretenu le flou quant à leur réouverture. Le secrétaire d’État chargé du Tourisme, Jean-Baptiste Lemoyne, est venu apporter quelques clarifications : les parcs pourront complètement rouvrir dès le 9 juin. De son côté, Disneyland Paris souhaite se garder quelques jours supplémentaires pour se préparer, et vient d'annoncer la réouverture le 17 juin prochain de ses parcs, fermés depuis le début du deuxième confinement, fin octobre 2020.

Trouver « les bons équilibres »

Durant cette période de fermeture administrative, les équipes de la CFDT, premier syndicat de l’entreprise, ont répondu « présent ». De nombreuses négociations ont eu lieu pour mettre en place un accord d’activité partielle de longue durée (APLD) ainsi qu’une rupture conventionnelle collective (RCC). « La Covid est passée par là. Quand ils nous ont interpellés pour nous proposer une rupture conventionnelle collective, on a accepté », se rappelle Djamila Ouaz, déléguée syndicale et responsable de la section. 

En sus des indemnités de rupture fixées pour les salariés volontaires au départ (qui pourront atteindre 100 000 euros pour ceux ayant 26 ans d’ancienneté), et des aides à la formation (jusqu’à 28 000 euros pour une formation diplômante ou qualifiante), l’accord mise sur la mobilité interne et l’accompagnement des salariés. La CFDT a négocié pour « trouver les bons équilibres » : des métiers sont ciblés par rapport à la pénibilité et un critère d’ancienneté est établi. Les emplois « concernés par la révision de l’offre spectacles » (certains techniciens, cascadeurs, musiciens…), les emplois administratifs et support « concernés par la transformation digitale » et ceux des secteurs opérationnels et techniques (restauration, boutique, maintenance, bagagerie, propreté…) sont ainsi éligibles à la rupture conventionnelle, dont les premières signatures ont commencé mi-mars. Au total, Disneyland Paris vise 1 060 départs volontaires maximum, et 452 suppressions de postes. 

Un CDI « permutable », mais pas sans conditions

Dans la foulée de la RCC, l’équipe a négocié un accord d’APLD, conclu en février 2021. Il prévoit que l’entreprise puisse recourir à l’activité partielle durant 24 mois, consécutifs ou non. « Vu que les parcs ne pourront pas rouvrir complètement, une rotation va être mise en place pour faire travailler l’ensemble des salariés », souligne Djamila Ouaz. L’accord devait entrer en vigueur le 1er avril, pour une durée de trois ans. Mais la fermeture prolongée des parcs a vu cette échéance être momentanément reportée, l’entreprise restant sous le régime « classique » de l’activité partielle en attendant.

“[Le CDI permutable] peut être une valeur ajoutée dans le futur, mais pas en l’état.”

Djamila Ouaz, déléguée syndicale et responsable de la section

Dernier dispositif né avec la crise sanitaire : le CDI permutable ou poly-compétences, testé par Disneyland Paris durant la réouverture de l’été 2020. Il s’agit de prévoir dès la signature du contrat (et éviter les avenants ultérieurs) qu’un salarié sera compétent ou formé à deux missions différentes, ce qui permet de le déployer sur un poste ou l’autre selon l’activité. Après ce test, dont les résultats ne sont pas encore connus, des négociations doivent s’ouvrir début juin. Ce type de contrat « peut être une valeur ajoutée dans le futur, mais pas en l’état », estime Djamila Ouaz, qui souhaite que « les compétences professionnelles mises en œuvre soient reconnues par une certification ou une qualification et que le salaire de base (et non pas une prime) prenne en compte cette double compétence ». Selon la responsable syndicale, « la direction l’entend ».

En attente du retour de la clientèle internationale

À propos de l'auteur

Fabrice Dedieu
Journaliste

Si Disneyland Paris entrevoit sa réouverture prochaine, les difficultés risquent de ne pas s’effacer pour autant, car la clientèle internationale, principal « fond de commerce » pour Mickey, ne devrait pas revenir de sitôt. Durant toute la crise, la CFDT est restée en proximité avec les salariés. « On a mis en place des cellules psychologiques, la permanence est restée ouverte, on a accompagné les salariés au long de la rupture conventionnelle collective, énumère Djamila Ouaz. Les conséquences sont dures mais grâce à la réactivité des organisations syndicales et de l’entreprise, la crise a été bien gérée. »