“Avant, on trouvait choquant de proposer l’adhésion à quelqu’un qui venait nous voir pour un coup de main”

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iconeExtrait de l’hebdo n°3770

Proximité, valorisation des acquis et convivialité permettent à la section du Centre hospitalier de l’Ouest vosgien (Chov) de se développer depuis plusieurs années. Une dynamique qui se poursuit malgré la crise sanitaire et qui fait de la CFDT un acteur incontournable du dialogue social dans l’établissement.

Par Guillaume Lefèvre— Publié le 23/03/2021 à 13h05

De gauche à droite : Magali Maxant, Éric Choffel, secrétaire de la section du Centre hospitalier de l’Ouest vosgien, Catherine Vaillant-Florentin et Isabelle Cherpitel.
De gauche à droite : Magali Maxant, Éric Choffel, secrétaire de la section du Centre hospitalier de l’Ouest vosgien, Catherine Vaillant-Florentin et Isabelle Cherpitel.© DR

1. Le Chov est né de la fusion en 2013 des établissements de Neufchâteau et de Vittel.

« Tout est parti d’une boutade lancée en conseil départemental », se souvient Éric Choffel, le secrétaire de section du Centre hospitalier de l’Ouest vosgien1, qui regroupe les établissements de Vittel et Neufchâteau. « Avec les camarades du centre hospitalier d’Épinal, on s’est lancé un défi amical : c’était à la personne qui ferait le plus d’adhésions. »

“Majoritaires dans toutes les instances, nous faisons le boulot pour faire entendre la voix des agents, comme nous l’avons toujours fait.”

Éric Choffel, secrétaire de section CFDT du Centre hospitalier de l’Ouest vosgien

L’émulation s’est traduite par 33 nouvelles adhésions en 2020 et 6 depuis le début de l’année, soit une progression de 15 %. Sur les 1 200 agents que compte le Chov, 180 sont désormais adhérents CFDT. Et cette dynamique se traduit dans les résultats électoraux : en 2018, la CFDT a remporté 55 % des voix, loin devant FO (27 %) et la CGT (13 %). Ces deux dernières, relativement passives, tentent bon gré mal gré de surfer sur les avancées obtenues la CFDT – dont la dernière en date, le Ségur de la santé. « Qu’importe ! Nous sommes majoritaires dans toutes les instances, précise Éric. Et nous faisons le boulot pour faire entendre la voix des agents, comme nous l’avons toujours fait. »

Une adaptation des pratiques syndicales

Comment, alors, expliquer ce bond des adhésions ? « Ce n’est pas parce qu’on fait du bon boulot qu’on fait automatiquement du développement, affirme le secrétaire de section. Ce défi nous a permis de nous questionner sur nos pratiques syndicales et de les adapter. » De quoi identifier les forces et les faiblesses de la section.

Premier constat, il était nécessaire de repenser la communication. Là où l’équipe proposait auparavant une information à l’ensemble des personnels du Chov, elle fait désormais le choix de cibler les destinataires. La priorité est donnée aux adhérents figurant sur une liste de diffusion par mail. « Ils deviennent le canal de diffusion des infos, explique Éric. Et les collègues vont naturellement vers eux. Cela donne de la visibilité et de la crédibilité. Nous sommes connus et reconnus par les agents comme des interlocuteurs ressources fiables. »

Ne plus craindre de proposer l’adhésion

La section est également très active sur sa page Facebook, forte de 586 membres. « Un compte actif, sur lequel les informations locales mais aussi régionales et nationales sont relayées. Il n’y a rien de pire que d’avoir un outil de com avec des infos vieilles comme Hérode ! » Mais si une bonne communication se révèle indispensable, elle ne fait pas tout. « Ce n’est pas parce qu’on dit qu’on fait du bon boulot et qu’on le prouve aux collègues qu’ils vont spontanément adhérer », insiste Éric.

« Avant, on trouvait choquant de proposer l’adhésion à quelqu’un qui venait nous voir pour un coup de main, on était gênés. On ne voulait pas paraître “relous”, confie Catherine Vaillant-Florentin, agent de service hospitalier qualifié au sein du Chov depuis vingt-quatre ans et membre du bureau et du conseil du Syndicat CFDT Santé-Sociaux des Vosges. Maintenant, on propose systématiquement l’adhésion. Nous n’avons plus peur de le faire ! »

“Nous finalisons un livret d’accueil que nous allons distribuer aux nouveaux agents. Ils y trouveront une présentation détaillée de l’équipe, de notre travail mené dans les différentes commissions, nos coordonnées… et un bulletin d’adhésion.”

Isabelle Cherpitel, infirmière et élue CFDT au comité technique

Et parce que l’équipe entend partager son expérience et montrer son dynamisme au-delà de l’amicale compétition avec le voisin spinalien, elle s’est inscrite au challenge développement CFDT « Le Grand Boost 2021 ». « Nous sommes d’ailleurs en train de finaliser un livret d’accueil, que nous allons distribuer aux nouveaux agents. Ils y trouveront une présentation détaillée de l’équipe, de notre travail mené dans les différentes commissions, nos coordonnées… et un bulletin d’adhésion », explique Isabelle Cherpitel, infirmière et élue au comité technique. La section fait résolument le choix de la proximité et de la disponibilité. Le numéro de la section est connu de l’ensemble des agents, et la ligne est ouverte 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, pour répondre aux besoins de tous les collègues.

Un déficit chronique de personnel

Cette stratégie, qui se révèle payante à plus d’un titre, a permis à la section de définir ses axes revendicatifs. Entre la désorganisation du travail, les temps de repos non respectés et l’épuisement des personnels, etc., les sujets ne manquent pas. « Le déficit chronique de professionnels de santé engendre une augmentation des rappels et contribue fortement à la dégradation des conditions de travail à Vittel et Neufchâteau », dénonce Éric.

À propos de l'auteur

Guillaume Lefèvre
Journaliste

En témoigne également la mise en place du télétravail depuis le début de la crise sanitaire. « Cela s’est fait de manière anarchique », explique Magali Maxant, aide-soignante et secrétaire du CHSCT. Si la CFDT a obtenu de la direction des discussions sur le sujet en juillet 2020, cette dernière n’a pas jugé opportun de s’engager pleinement dans les travaux. Mais la section ne lâchera pas. Parce que l’amélioration de la qualité de vie au travail et du quotidien des agents est une priorité et n’est pas qu’une utopie pour l’équipe, elle a demandé et obtenu la mise en place d’un groupe de travail spécifique. Son premier objectif : faire évoluer et définir précisément la notion de nécessité de service, qui contribue trop souvent au non-respect de l’équilibre vie privée-vie professionnelle. « Si on améliore ça, une grande partie du bien-être des agents sera retrouvée », conclut Angélique Pauris, infirmière et élue CFDT.