Bretagne : cellule de crises

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iconeExtrait de l’hebdo n°3761

Depuis plusieurs années, l’Union régionale interprofessionnelle de Bretagne anime une cellule d’urgence pour aider les équipes confrontées à des annonces de restructuration. Un dispositif essentiel pour donner les premiers conseils, armer les équipes… et construire un rapport de force différent.

Par Emmanuelle Pirat— Publié le 21/01/2021 à 11h19

La cellule d’urgence de l’URI Bretagne a fait des émules. Dans les Hauts-de-France (photo), une démarche similaire a vu le jour en septembre 2020.
La cellule d’urgence de l’URI Bretagne a fait des émules. Dans les Hauts-de-France (photo), une démarche similaire a vu le jour en septembre 2020.© DR

Quand la direction de la chambre d’agriculture de Bretagne a présenté son plan de réorganisation à l’automne 2019, qui devait conduire à la suppression de 70 postes (sur 620 salariés), la section CFDT a eu le bon réflexe : contacter l’union régionale, qui a immédiatement organisé une réunion avec sa cellule. Dispositif lancé après la crise de 2008, « Urgence restructurations » a été reformaté à plusieurs reprises, toujours avec le même objectif : apporter un début de diagnostic et un premier conseil aux équipes (du privé comme du public) confrontées à une annonce de restructuration (projet de PSE, de rupture conventionnelle collective, réorganisations, etc.) « qui doivent s’organiser dans des délais très courts, très contraints, et qui ne connaissent pas forcément les procédures », explique Véronique Le Faucheur, secrétaire générale adjointe de l’URI Bretagne, à l’origine du projet.

« Un des principaux intérêts de ce dispositif, c’est de bénéficier d’une approche pluridisciplinaire, de pouvoir avoir un regard avec des domaines d’expertise complémentaires. »

Véronique Le Faucheur, secrétaire générale adjointe de l’Union régionale de Bretagne

Outre les responsables pro et interpro, la cellule réunit des experts économiques du cabinet Syndex, des avocats du cabinet LBBa, membre du réseau Avec, ainsi que des experts de Catalys Conseil, spécialisé dans l’accompagnement des transitions professionnelles. « Un des principaux intérêts de ce dispositif, c’est de bénéficier d’une approche pluridisciplinaire, de pouvoir avoir un regard avec des domaines d’expertise complémentaires », ajoute Véronique.

Appui déterminant

Pour l’équipe CFDT de la chambre d’agriculture de Bretagne, l’appui de la cellule a été déterminant. « À l’annonce de la réorganisation, nous nous sommes retrouvés très démunis, se souvient Guirec Scolan, le délégué syndical. Bien qu’établissement public, nous avons un statut juridique particulier, avec des IRP [instances représentatives du personnel] qui n’ont pas les moyens habituellement donnés aux CSE pour faire appel aux experts. Le cadre juridique ne nous donne pas non plus la possibilité d’accompagner les salariés comme dans les procédures de licenciement économique classiques. »

Heureusement, l’intervention de la cellule a permis de trouver une faille juridique de nature à faire échouer le projet de la direction et a donné à l’équipe les moyens de s’organiser, de construire une stratégie et de peaufiner ses propositions. « Seuls, nous n’aurions jamais pu voir ce point juridique. Cela a entériné le rapport de force », reconnaît Guirec. En ont découlé une belle mobilisation et suffisamment de ramdam pour que la préfecture s’en mêle et demande l’ouverture de discussions sur l’accompagnement des salariés.

« Au départ, l’accompagnement, ça tenait sur une feuille A4. La direction était partie pour ne rien donner. » Mais l’équipe a réussi à négocier un plan d’accompagnement « quasi équivalent à celui d’un PSE, des mesures de reclassement et des efforts non négligeables en matière de formation, ce qui est sans précédent dans une chambre d’agriculture », se félicite le délégué syndical. La direction consent également à limiter le nombre de suppressions de postes (passé de 70 à 48). « On n’a pas réussi à sauver tout le monde », regrette Guirec. Mais, depuis ce conflit, « on a gagné en crédibilité. Là où le dialogue social était inexistant, on a réussi à instaurer un dialogue plus nourri et constructif. La direction a eu face à elle une CFDT déterminée et solide dans ses propositions. Sans doute ne s’y attendait-elle pas ».

Forte montée en charge

Auprès des élues de la section d’Alliora (entreprise spécialisée dans le cartonnage pour des marques de luxe) l’appui de la cellule fut, là encore, déterminant. Pourtant aguerrie aux plans sociaux (l’entreprise en a connu en 2004, 2009 et 2018), l’équipe a été très déstabilisée par l’annonce d’une procédure de redressement judiciaire en 2020. « On n’est pas des spécialistes, on ne connaît pas ces procédures, les démarches à faire dans ce cas-là, nos droits… Et si l’entreprise était liquidée demain ? Auprès de la cellule, on a tout de suite obtenu des réponses », expliquent les délégués du personnel, qui reconnaissent également toute l’importance de l’accompagnement assuré par Syndex en parallèle de l’intervention de la cellule (un accompagnement mené depuis le plan social de 2018).

Pour l’équipe, l’issue a été heureuse, l’entreprise ayant trouvé un repreneur. « C’est inespéré. On n’aurait pas parié sur cela il y a quelques mois. »

Maillage territorial renforcé

À propos de l'auteur

Emmanuelle Pirat
Journaliste

Avec la crise économique qui s’annonce, la cellule s’attend à une recrudescence de sollicitations. « Pour l’instant, les amortisseurs économiques jouent à fond et permettent aux entreprises de tenir bon, même les plus fragiles. Mais c’est pour la suite que nous sommes inquiets », reconnaît Jean-Marc Thépaut, secrétaire régional chargé du dossier emploi-formation et responsable de l’Union départementale du Morbihan. En anticipation, la cellule a renforcé son maillage de correspondants ; dans chaque union départementale, un interlocuteur peut organiser rapidement une première conférence téléphonique avec les équipes en difficulté.