Chez Gris Découpage, le dialogue social ne connaît pas la crise

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iconeExtrait de l’hebdo n°3764

Depuis son implantation il y a dix ans, la CFDT est devenue un acteur incontournable de la vie de l’entreprise. La crise sanitaire n’est pas un frein au dialogue social ni à l’envie d’agir pour les salariés – en témoignent les accords signés ces derniers mois. Deux ans après sa première visite, Syndicalisme Hebdo fait le point.

Par Guillaume Lefèvre— Publié le 09/02/2021 à 13h00 et mis à jour le 12/02/2021 à 17h12

Le secrétaire général de la CFDT était venu rencontrer les salariés de Gris Découpage en février 2018… À côté de Laurent Berger, à droite, Vianney Louis, délégué syndical et secrétaire général de la CFDT-Métallurgie Cœur Grand Est ; à gauche, Dominique Toussaint, secrétaire général de la CFDT-Grand Est.
Le secrétaire général de la CFDT était venu rencontrer les salariés de Gris Découpage en février 2018… À côté de Laurent Berger, à droite, Vianney Louis, délégué syndical et secrétaire général de la CFDT-Métallurgie Cœur Grand Est ; à gauche, Dominique Toussaint, secrétaire général de la CFDT-Grand Est.@ Syndheb

« La crise sanitaire a renforcé notre crédibilité, tant auprès de nos collègues qu’auprès de la direction », affirme Vianney Louis, délégué syndical de l’entreprise et secrétaire général de la CFDT-Métallurgie Cœur Grand Est (54-55-88). Coronavirus ou non, les 103 salariés de cette PME familiale de Meurthe-et-Moselle (elle produit des composants mécaniques, des rondelles techniques de fixation et des pièces techniques découpées pour les constructeurs d’automobiles) peuvent compter sur un engagement sans faille des membres de la section. « Ici, un salarié sur quatre est CFDT », relève cet opérateur presse polyvalent.

La palme revient au protocole sanitaire de la section

En mars dernier, lorsque la première vague de l’épidémie s’abat sur le Grand Est et que tout le pays suit avec appréhension sa progression, les militants s’attellent à la rédaction d’un protocole sanitaire rigoureux : gestes barrières, règles de distanciation physique, équipements de protection… La santé des salariés est érigée en priorité absolue. « Il était hors de question de mettre qui que ce soit en danger ! », insiste Vianney. Si la direction présente son propre protocole, c’est finalement celui de la section qui sera retenu.

Côté production, pourtant, le confinement entraîne rapidement une baisse d’activité, et les salariés sont placés en activité partielle. « La période a été compliquée socialement, le stress palpable mais, malgré les incertitudes sanitaires, les salariés ont répondu présent », souligne Vianney. De son côté, la section se bat aussi. Elle obtient le maintien de salaire à 100 % des salariés placés en chômage partiel, puis deux primes successives, 500 euros et 400 euros de prime de Noël. Vianney salue une direction « à l’écoute, qui joue le jeu et reconnaît l’investissement des salariés ».

Continuer à revendiquer en temps de crise

En parallèle, la CFDT n’oublie pas ses « combats ordinaires » et s’investit dans des accords égalité femmes-hommes et qualité de vie au travail.

« Il était exclu que l’épidémie nous freine ou nous oblige à mettre nos revendications entre parenthèses. »

Vianney Louis, délégué syndical et secrétaire général de la CFDT-Métallurgie Cœur Grand Est (54-55-88)

« C’était une priorité pour les militants. Il était exclu que l’épidémie nous freine ou nous oblige à mettre nos revendications entre parenthèses », note le délégué syndical. Gris ne compte que 39 femmes (soit 27 % des effectifs totaux). En lien avec l’association FETE - Femmes Égalité Emploi, elle engage une réflexion afin de faire avancer l’égalité au sein de l’entreprise. « Nous partions de loin », précise Vianney. Mais la section relève le défi. « Nous sommes satisfaits de ce que nous avons obtenu. C’est le fruit d’années de dialogue social. »

La direction n’a pas accepté cet accord par obligation, précise le militant, mais parce qu’elle a été convaincue par la CFDT. Concrètement, des mesures de rattrapage salariales ont été mises en place pour les catégories professionnelles dans lesquelles apparaissaient des écarts de rémunération. Et alors que les femmes sont sous-représentées au sein des services de production, l’accord prévoit de favoriser la mixité en privilégiant leur embauche. Autre avancée, la prise en charge de la garde des enfants en cas de formation demandée par l’entreprise en dehors des heures de travail. L’accord prévoit également la prise en charge par l’entreprise de trois jours complets en vue de pouvoir assister aux examens prénataux ou pour les parents dans le cadre du suivi d’une assistance médicale à la procréation. La création d’un compteur d’heures destiné aux parents d’enfant en situation de handicap afin qu’ils puissent dégager du temps et assister à des rendez-vous médicaux a été actée.

Des avancées sur la qualité de vie au travail

Sur sa lancée, l’équipe est allée sur le terrain de la qualité de vie au travail et a obtenu l’interdiction de l’envoi d’e-mails professionnels entre 21 heures et 7 heures (pour les équipes de jour) ou encore le lancement de deux enquêtes. L’une porte sur les risques psychosociaux ; l’autre, menée par la commission santé, sécurité et conditions de travail (CSSCT), veille à ce que l’installation dans les nouveaux locaux se passe bien.

Alors que les précédents espaces de travail, en open space, étaient générateurs de stress et de tensions, les nouveaux bâtiments offriront des bureaux individuels et des espaces privatifs. Les salariés pourront également accéder à une salle de sport. « Notre accord marque la prise en compte de l’humain, au plus près des attentes et des besoins des collègues, se félicite Vianney. Il nous reste à regarder devant nous, maintenant. »

Quels sont les objectifs et ambitions de la CFDT pour les semaines et mois à venir, alors que le carnet de commandes de Gris Découpage est bien rempli ? « Il faudra faire vivre cet accord. Il y a la négociation annuelle obligatoire qui commence la semaine prochaine. Au-delà des primes ponctuelles, nous voulons que l’investissement des salariés soit reconnu dans la durée. »