Chez Michelin, après le choc de l’annonce, les négociations commencent

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Extrait de l’hebdo n°3761

Au début janvier, Michelin annonçait la suppression de 2 300 postes en France sur trois ans, soit plus de 10 % de l’effectif. En amont des négociations, la CFDT réclame des engagements clairs sur la non-fermeture de sites et les conditions de travail de ceux qui vont rester. Pour ne pas répéter les erreurs du passé…

Par Anne-Sophie Balle— Publié le 21/01/2021 à 11h19

Site Michelin de Clermont-Ferrand.
Site Michelin de Clermont-Ferrand.© Elliott Verdier/The New York Times-Redux-RÉA

Seulement quatre mois après l’annonce de la fermeture de l’usine Bridgestone à Béthune, c’est un autre grand leader de l’industrie pneumatique qui s’apprête à tailler drastiquement dans ses effectifs. En pleine crise pandémique, Michelin a présenté, le 6 janvier dernier, son « plan de simplification et de compétitivité » qui prévoit la suppression de 2 300 postes en France à l’horizon 2023.

« Partout depuis la reprise de l’activité, au printemps dernier, les usines tournent à plein régime. Les salariés enchaînent les heures supplémentaires. »

Laurent Bador, délégué syndical central CFDT

« Un très mauvais signal » envoyé aux salariés et aux syndicats, particulièrement surpris par l’ampleur du volet industriel – qui représente plus de la moitié des emplois menacés. « 1 200 postes, cela revient à fermer la totalité de l’usine de Cholet ou deux usines de taille moyenne sur les douze que compte Michelin dans l’Hexagone. Or partout depuis la reprise de l’activité, au printemps dernier, les usines tournent à plein régime. Les salariés enchaînent les heures supplémentaires », lâche Laurent Bador, délégué syndical central (DSC) CFDT.

Cette reprise, conjoncturelle, ne serait que « temporaire », estime de son côté l’entreprise – le résultat d’une stagnation du marché européen du pneumatique d’un côté et d’une montée en puissance des manufacturiers asiatiques à bas coûts de l’autre.

Restructuration indépendante de la crise sanitaire

Rien de nouveau, pourtant. Mené en 2019 avec trois syndicats (CFDT, CFE-CGC et Sud), un diagnostic relatif à la compétitivité des sites français avait déjà conclu à sa dégradation. « À travers ce plan de simplification, ce que vise la direction de Michelin n’est rien d’autre qu’une amélioration de la compétitivité pouvant aller jusqu’à 5 % par an, poursuit Laurent Bador. La crise sanitaire n’a fait que retarder l’annonce de cette nouvelle restructuration, mais elle ne l’a pas causée. » En témoignent les bons résultats du groupe, qui prévoit un résultat positif malgré la crise sanitaire (les résultats 2020 seront dévoilés le 15 février) et qui a distribué 360 millions d’euros de dividendes à ses actionnaires en 2020.

Dans les usines, on oscille entre colère et résignation. « L’ambiance n’est pas du tout la même dans l’industrie, où l’incompréhension prédomine clairement, et les services tertiaires, qui s’attendaient à des suppressions, analyse le DSC quelques jours après l’annonce de la direction. Nous allons devoir être particulièrement vigilants à ce que Michelin respecte ses engagements. »

Habitué à une certaine pratique du dialogue social, Michelin dit vouloir s’engager dans une démarche de co-construction et assure que si « tous les sites français du groupe » sont concernés par cette nouvelle réorganisation, il n’y aura « ni fermeture d’usine ni départ contraint ». De fait, ces suppressions, qui reposent sur des départs volontaires, nécessitent un accord-cadre précisant les aspects légaux et supra-légaux de ces départs volontaires ainsi que le nombre de postes concernés. Michelin anticipe 60 % de mesures de préretraites et 40 % de départs volontaires sous forme de ruptures conventionnelles collectives.

Une transparence et des garanties exigées

« La co-construction n’est pas un mot creux, prévient Laurent Bador. Si la direction veut se servir de nous comme d’un faire-valoir, ce sera non ! » Alors, ce 13 janvier, à l’occasion d’une première réunion à Clermont-Ferrand visant à obtenir un accord de méthode préalable, l’intersyndicale (CFDT, CFE-CGC, CGT, FO et Sud) a posé ses conditions, dont le respect par la direction ne présage en rien d’une signature d’accord mais permettrait à tout le moins de s’installer à la table des négociations avec plus de sérénité.

Dans une déclaration commune, l’intersyndicale demande des engagements clairs sur la non-fermeture de sites, sur la constitution des groupes de construction du projet « représentant vraiment le corps social des sites », ainsi qu’une négociation sur les conditions d’emploi, salaires et conditions de travail des salariés qui vont rester. La précédente réorganisation (avec la suppression de 1 500 postes au siège historique de Clermont-Ferrand, en 2017) et, plus récemment, la fermeture des sites de La Roche-sur-Yon, en Vendée, est encore dans tous les esprits. Pour Laurent Bador, « pas question de retomber dans les mêmes travers avec une désorganisation totale des services et des entités, préjudiciable aux salariés ».

Côté calendrier, la négociation de l’accord de méthode devrait se poursuivre jusqu’à la fin du mois. Viendront ensuite les discussions concernant l’accord-cadre et celles sur la rupture conventionnelle collective de 2021 (le projet prévoit une RCC par an jusqu’en 2024). Les premiers départs, eux, pourraient intervenir au début de l’été.

À propos de l'auteur

Anne-Sophie Balle
Rédactrice en chef-adjointe de Syndicalisme Hebdo

Un comité économique et social central devait également se tenir du 19 au 22 janvier. La direction doit y dévoiler ses intentions à propos de son projet de simplification des activités tertiaires (baptisé « Simply ») et les leviers de simplification identifiés. Autrement dit, les services et fonctions dans lesquels se produiraient les 1 100 suppressions de postes… Le plus dur commence.