Comment 100 000 salariés de la grande distribution ont basculé du jour au lendemain en chômage partiel… abonné

Confrontées à la fermeture des rayons non essentiels, plusieurs enseignes ont sollicité le dispositif d’activité partielle, sans concertation préalable des organisations syndicales. Les motivations restent floues, d’autant que d’autres alternatives étaient possibles.

Par Anne-Sophie Balle— Publié le 19/11/2020 à 14h34

« Je n’y comprends plus rien. Hier, on nous filait une prime pour avoir géré des hordes de clients la peur au ventre. Aujourd’hui, on nous empêche de bosser sous prétexte que la fréquentation a chuté. Pourtant, je n’ai pas souvenir qu’en mars, les clients venaient uniquement pour acheter des chaussettes ! » Salarié d’un Carrefour City en région parisienne, Damien L. est incrédule. Tout comme les organisations syndicales, qui se sont vus annoncer le 10 novembre la mise en activité partielle brutale et massive au sein du groupe. Dès le 12 novembre et jusqu’au 1er décembre, 90 000 salariés ont été mis en chômage partiel, entre 10 et 50% de leur temps de travail. Dans le groupe Casino, 2 000 salariés de Monoprix et Géant seraient concernés. Quant à Auchan, la direction se refuse pour l’instant à donner un chiffre, arguant avoir laissé la main aux directions d’établissements et ne pas avoir de remontées nationales.

Partout, les grands groupes ont donc mis leur « menace » à exécution. Une première de cette ampleur pour ce secteur hyperconcurrentiel, où toute décision stratégique d’un des acteurs provoque inévitablement un effet domino. Début novembre, le délégué général de la Fédération du commerce et de la distribution Jacques Creyssel avait prévenu Jean Castex que la fermeture de rayons non alimentaires « entraînerait la mise au chômage partiel de plusieurs dizaines de milliers de salariés, sans aucune justification réelle ». Or aujourd’hui, c’est bien ce manque de transparence qui provoque le courroux des syndicats.  

Le flou des chiffres

Car de fait, aucun groupe de la grande distribution n’a communiqué d’éléments chiffrés sur la perte de chiffres d’affaires qui serait à l’origine de cette décision. « Si on peut imaginer une baisse d’activité dans les hyper, ce n’est pas le cas dans les supermarchés et magasins de proximité, pourtant eux aussi concernés, analyse Sylvain Macé, délégué CFDT de Carrefour. On aurait d’ailleurs pu croire, suite aux récentes déclarations faites par Alexandre Bompart (PDG) sur les chiffres du 3ème trimestre – "la meilleure performance de…

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