“Réconcilier l’économie, le social et la planète”

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iconeExtrait de l’hebdo n°3764

Pendant trois jours, le mouvement syndical européen s’est interrogé sur le « nouveau contrat socio-écologique » et les pistes à dégager pour parvenir à une économie bas carbone qui maintienne des emplois de qualité.

Par Didier Blain— Publié le 05/02/2021 à 15h16 et mis à jour le 07/02/2021 à 13h50

Luca Visentini, secrétaire général de la Confédération européenne des syndicats (CES), et Laurent Berger, président de la CES et secrétaire général de la CFDT (photo prise en juin 2016).
Luca Visentini, secrétaire général de la Confédération européenne des syndicats (CES), et Laurent Berger, président de la CES et secrétaire général de la CFDT (photo prise en juin 2016).© Flickr ETUI-DR

Au moment où l’État français vient d’être condamné pour non-respect de ses engagements dans la lutte contre le changement climatique, les conférences organisées conjointement par l’Institut syndical européen (ETUI) et la Confédération européenne des syndicats (CES) sur le thème « Vers un nouveau contrat socio-écologique » tombent à pic. Du 3 au 5 janvier, experts, politiques et syndicalistes se sont penchés sur les évolutions nécessaires de toute la société européenne pour lutter contre le changement climatique. Avec un plateau de choix réunissant Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, Luca Visentini, secrétaire général de la CES, Laurent Berger, président de la CES et secrétaire général de la CFDT, et Philippe Lamberts, député européen appartenant au groupe des Verts/Alliance libre européenne.

Les réponses apportées par l’Union européenne (UE) à la crise sanitaire et à ses conséquences – en ayant mis en place le programme SURE (100 milliards d’euros pour soutenir les dispositifs de chômage partiel des États membres) et le plan de relance de 750 milliards, désormais validé et dont les premiers virements devraient être faits dans les prochaines semaines – ont été largement saluées. Luca Visentini plaide néanmoins pour le maintien des aides aux travailleurs et aux entreprises au-delà de la crise. « Sinon, 40 millions de travailleurs se retrouveront directement au chômage. »

Un sommet social européen à Porto en mai

Face aux risques que fait peser la crise sur des millions de travailleurs, Ursula von der Leyen s’est montrée rassurante, soulignant le rôle essentiel du mouvement syndical dans la mise en place des dispositifs SURE et du plan de relance. La présidente de la Commission veut aussi aller plus loin et « réconcilier l’économie, le social et la planète ». L’UE s’est d’ailleurs fixé un Pacte vert pour l’Europe (Green Deal) qui vise à réduire de 55 % ses émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030, objectif pour lequel Ursula von der Leyen souhaite établir de nouvelles règles dans l’élaboration des programmes européens en incluant la « durabilité » au cœur de la coordination des politiques économiques européennes avec des objectifs de réduction des émissions de CO2, de santé, d’éducation et de justice. La Commission veut également s’appuyer davantage sur le dialogue social et le mouvement syndical.

En ce sens, le prochain sommet social de Porto, en mai, pourrait fournir selon elle « une occasion unique de dire quelle Europe nous voulons ». Cette Europe devra « mieux prendre en compte les droits des travailleurs ». Comment ? En traduisant concrètement le pilier européen des droits sociaux, en ouvrant un droit à l’apprentissage et des comptes personnels de formation mais aussi en luttant pour l’égalité des salaires entre les femmes et les hommes ainsi que la protection sociale des travailleurs des plateformes numériques et en militant contre la précarité.

Adopter de nouveaux indicateurs

Le président de la CES, Laurent Berger, insiste quant à lui sur la nécessité d’un dialogue social riche pour faire face une crise économique, sociale, environnementale mais aussi démocratique.

“Il faut entendre la société civile organisée, comme le fait la CFDT, avec le Pacte du pouvoir de vivre…”

Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT et président de la CES

« La CES doit faire entendre la voix des travailleurs dans le dialogue social entre les parties prenantes et dans la construction des réponses. Mais il faut aussi entendre la société civile organisée, comme le fait la CFDT, avec le Pacte du pouvoir de vivre, qui associe 66 organisations et associations avec des objectifs communs. » À cette fin, il préconise d’adopter de nouveaux indicateurs prenant en compte le développement durable, l’éducation, la pauvreté, la biodiversité, la santé, etc.

Sans oublier la nécessité de réussir rapidement la transition écologique tout en réduisant les inégalités sociales en raison « des risques populistes », pointe le député européen Philippe Lamberts. Selon lui, il faut en finir avec « les égoïsmes fiscaux » nationaux et mettre à contribution les revenus les plus élevés afin de réduire les inégalités.