Danone, un modèle de gouvernance à maintenir

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iconeExtrait de l’hebdo n°3770

L’éviction d’Emmanuel Faber de la direction de Danone met un terme à une crise aiguë au sein du groupe depuis des mois. La politique de responsabilité sociale engagée depuis plus de trente ans par la famille Riboud doit perdurer.

Par Emmanuelle Pirat— Publié le 23/03/2021 à 13h05

Après l’éviction d’Emmanuel Faber (photo), décision officialisée par communiqué le lundi 15 mars, l’ancien patron de Legrand a pris « avec effet immédiat » la direction du conseil d’administration de Danone.
Après l’éviction d’Emmanuel Faber (photo), décision officialisée par communiqué le lundi 15 mars, l’ancien patron de Legrand a pris « avec effet immédiat » la direction du conseil d’administration de Danone.© Pascal Sittler/RÉA

Emmanuel Faber était sur la sellette depuis des semaines. Le conseil d’administration du groupe Danone a obtenu son éviction officialisée le 15 mars, avec effet immédiat. Le charismatique dirigeant, qui avait contribué au développement de la politique de responsabilité sociétale et économique (RSE) du groupe – dont son fondateur Antoine Riboud puis Franck, son fils, avaient largement posé les bases –, a donc promptement fait ses bagages. Rappelons que c’est à son initiative que Danone a été la première entreprise à mission cotée en Bourse, en juin 2020. Gilles Schnepp, ancien dirigeant du fabricant de matériel électrique Legrand, a été nommé président du conseil d’administration le 14 mars dernier.

Le poids des fonds activistes

Les polémiques vont bon train sur les raisons du départ d’Emmanuel Faber, soutenu jusqu’au bout par les syndicats dont la Fédération générale de l’Agroalimentaire (FGA-CFDT). Mais l’influence des fonds activistes Artisan Partners (actionnaire majoritaire avec 3 % des parts) et Bluebell Capital, qui lui reprochaient de moindres performances boursières et opérationnelles par rapport aux concurrents tels Unilever et Nestlé, a pesé lourd dans la balance.

« Ce n’est pas tant l’homme que nous avons soutenu que son mode de gouvernance, explique Hélène Deborde, présidente CFDT du comité d’information et de consultation international de Danone. Un mode de gouvernance respectueux du social et des questions environnementales, une gouvernance qui fait de la RSE depuis plus de trente ans, avec pas moins de neuf accords-cadres internationaux très engageants et appliqués à l’ensemble des 100 000 salariés du groupe dans le monde. Alors, bien sûr, l’influence de ces fonds activistes nous inquiète. » La FGA révélait d’ailleurs récemment dans un communiqué que le fonds Artisan Partners avait, contrairement à ce qu’il a prétendu, voté contre l’adoption du statut d’entreprise à mission lors du vote de juin 2020.

Le statut d’entreprise à mission sera-t-il conservé ?

Ce changement signe-t-il la fin de la stratégie RSE de Danone ? « Avant de crier à la catastrophe, attendons un peu. Donnons sa chance au prochain dirigeant », indique Hélène Deborde. Celui-ci devrait être désigné au cours des prochaines semaines. « Mais ce que nous souhaitons, c’est que le dialogue social reste de qualité, que le statut d’entreprise à mission soit conservé et que la politique de RSE continue avec l’implication de tous les salariés. » En tout cas, le cas Danone donne à réfléchir sur le sort (et les capacités de résistance) des entreprises, fussent-elles à mission, face à des fonds vautours…