Delpharm : retour sur un vaccin “made in France”

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iconeExtrait de l’hebdo n°3777

L’usine d’Eure-et-Loir qui a décroché le marché de mise en flacons du vaccin Pfizer a dû recruter et s’adapter en quelques semaines. Conditions d’emploi et de travail sont au cœur des préoccupations de l’équipe CFDT.

Par Marie-Nadine Eltchaninoff— Publié le 11/05/2021 à 12h00

De gauche à droite : Nicolas Chasserez, délégué syndical, Anne Chanteloup, élue au comité social et économique, et Christophe Pinard, adhérent CFDT.
De gauche à droite : Nicolas Chasserez, délégué syndical, Anne Chanteloup, élue au comité social et économique, et Christophe Pinard, adhérent CFDT.© DR

La France peut enfin se targuer de produire le vaccin contre la Covid-19 sur le sol national. Depuis le 7 avril, les précieuses doses sortent des lignes de production de l’usine Delpharm, située en Eure-et-Loir, chargée de la mise en flacons du vaccin Pfizer-BioNTech. À la grande fierté des salariés, qui ne sont pas restés insensibles à la visite, le 9 avril, du président de la République, venu les féliciter en compagnie de la ministre de l’Industrie. Une centaine de millions de doses doivent être conditionnées cette année, destinées en priorité aux marchés français et européen.

Vraie bouffée d’oxygène

Cette nouvelle activité est une véritable gageure pour ce site de taille modeste, habituellement spécialisé dans la lyophilisation de médicaments. L’entreprise a investi 20 millions d’euros (dont 10,4 millions d’aides de l’État) dans l’opération et a dû adapter très rapidement ses process et sa logistique aux exigences du vaccin Pfizer, en s’équipant notamment de congélateurs permettant la conservation du vaccin à – 80 °C et de moyens de transport adaptés. L’effectif, lui, est passé de 240 à plus de 300 salariés en très peu de temps. Une vraie bouffée d’oxygène dans une région particulièrement touchée par la crise, et qui compte plusieurs entreprises pharmaceutiques en difficulté.

« Delpharm a dû recruter en urgence une soixantaine de salariés supplémentaires, des opérateurs, techniciens, contrôleurs qualité, indique Nicolas Chasserez, délégué syndical. Leur intégration se fait en accéléré, même si l’entreprise essaie de les accompagner au mieux dans leur prise de poste. » Les nouveaux ont été recrutés en CDD, mais les élus se posent déjà la question de la pérennisation de leurs postes, en fonction de l’évolution du carnet de commandes.

“Tout le monde est ultra-motivé par ce projet. Mais nous restons vigilants sur les conditions de travail. La formation des nouveaux arrivants fait partie de nos points d’attention…”

Nicolas Chasserez, délégué syndical

En quelques semaines, les salariés de Saint-Rémy-sur-Avre ont ainsi vu leurs habitudes bouleversées. « Tout le monde est ultra-motivé par ce projet, souligne le délégué syndical. Mais nous restons vigilants sur les conditions de travail. La formation des nouveaux arrivants fait partie de nos points d’attention. Nous allons également travailler sur l’ergonomie des postes de travail, qui ont été adaptés dans l’urgence, de façon à prévenir les risques éventuels. »

Forte montée en charge

Une telle montée en charge implique également un réaménagement du temps de travail. « Nous sommes passés à une production en continu, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 », indique Nicolas. Ce n’est pas tout à fait un hasard si l’entreprise s’est montrée impatiente de conclure une négociation relative au temps de travail, menée à son terme en novembre 2020, avant que ne soit divulguée l’information sur le projet Pfizer-BioNTech.

Le site de Saint-Rémy-sur-Avre (qui anciennement appartenait au grec Famar), a été racheté en 2019 par le façonnier pharmaceutique français Delpharm. « Pendant plus de dix ans, très peu d’investissements ont été réalisés sur le site de Saint-Rémy, le groupe Famar n’en avait pas les capacités financières, note le délégué syndical. Au début de la discussion sur le temps de travail, la direction nous a présenté un tableau plutôt sombre de la situation économique de l’entreprise. On nous a même laissé entendre que l’exercice suivant serait sans doute déficitaire. »

Dans un contexte morose à l’époque, la direction propose d’augmenter le temps de travail de quarante heures par an, avec en guise de compensation une hausse de 1,5 % de la rémunération. FO et la CFTC, qui à elles deux détiennent la majorité, signent ensemble la proposition patronale. La CFDT, de son côté, certes minoritaire avec 15 % de représentativité, veut faire entendre sa voix singulière : l’accord est trop défavorable, elle refuse de le signer.

Attention portée à la juste répartition des richesses

À propos de l'auteur

Marie-Nadine Eltchaninoff
Journaliste

Deux mois plus tard, avec le jackpot du vaccin, les événements lui donnent raison : « C’est le retour assuré des bénéfices », constate le délégué syndical. La section est plus que jamais déterminée à observer de près l’évolution de la situation économique de l’entreprise. « Nous serons exigeants sur l’information qui nous sera communiquée en CSE et sur la question de la répartition des richesses produites. Les salariés doivent être rétribués à la hauteur des efforts fournis ! »