[Dossier Emploi] L’insertion périlleuse dans la filière pro abonné

Le moment charnière entre la fin des études et l’entrée en emploi est toujours délicat. Il l’est d’autant plus pour les élèves de lycée professionnel, nombreux à avoir décroché en fin d’année scolaire.

Par Marie-Nadine Eltchaninoff— Publié le 13/10/2020 à 07h59 et mis à jour le 14/01/2021 à 13h59

Les jeunes de la filière professionnelle sont censés pouvoir entrer dans la vie active dès leur CAP ou leur bac pro en poche. Mais que leur réserve cette rentrée hors norme ? La crise sanitaire a provoqué le décrochage de 20 % des élèves de lycée pro, contre 4 % toutes filières confondues, selon le ministère de l’Éducation nationale.

Du côté des enseignants qui les ont vus disparaître des écrans radar, l’inquiétude est réelle. Leurs efforts pour maintenir le contact et assurer les cours à distance n’ont pas toujours été suffisants. Beaucoup de jeunes ne disposaient que de leur téléphone pour se connecter et se sont découragés au fil du temps. Certains ont été contraints de trouver un petit boulot pour améliorer le budget familial.

« Ces jeunes ne sont pas issus des milieux les plus favorisés, précise Isabelle Rastoul, militante Sgen-CFDT et professeure en lycée professionnel à Orléans. De nombreux jeunes ont cédé à l’appel d’employeurs de la grande distribution, de plateformes logistiques ou des Ehpad pour remplacer les salariés empêchés de se rendre à leur travail. Cela a eu pour effet de couper le lien avec l’école. »

Les élèves s’étaient dispersés, il a fallu les rattraper un par un pour organiser les fins de cursus jusqu’en septembre. 

Ces emplois, missions d’intérim ou CDD, sans garantie d’embauche plus pérenne, n’ont pas été assurés dans les meilleures conditions du monde. D’autres jeunes ont renoncé à leur projet pour venir grossir les rangs des salariés en première ligne dans les supermarchés, comme une partie des élèves d’Isabelle, qui préparaient un diplôme de coach sportif.

La difficulté a été d’une autre nature pour les élèves de Rémy Arnaud, militant Sgen-CFDT et enseignant au lycée professionnel Jean-Racine de Montdidier (Somme). Si le contrôle continu a permis de valider l’aspect théorique de l’enseignement, il n’en a pas été de même pour les certifications et les habilitations, qui requièrent une mise en situation.

« Les jeunes en CAP logistique doivent impérativement passer le Caces, le certificat qui les autorise à conduire les chariots élévateurs dans les entrepôts, explique-t-il. Mais tout a été retardé en raison du confinement ; nous avons dû organiser des séances de formation supplémentaires et les épreuves des examens en dernière minute. »

Idem pour le bac pro conducteur routier,…

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