Journalistes vulnérables

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Pouvoir d'achat : le grand écart

Publications suspendues, commandes de reportages et d’articles gelées ou annulées, émissions déprogrammées. À la mi-mars, la crise sanitaire a eu l’effet d’une déflagration chez les pigistes, ces « tâcherons » de l’information, payés à la ligne, au feuillet ou à la prestation. Ces bataillons de précaires, qu’ils soient journalistes ou techniciens, avaient en effet encore plus à craindre, au sein des rédactions, de l’arrêt subit de la production habituelle de l’information.

Par Emmanuelle Pirat— Publié le 24/11/2020 à 07h53 et mis à jour le 08/01/2021 à 10h37

© Hamilton  Réa

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Emmanuelle Pirat
Journaliste

Correspondante pendant des années en Argentine pour l’Agence France Presse et TF1, travaillant depuis quatre ans comme pigiste pour le groupe France Médias Monde (France 24, RFI, MCD), Rebecca Martin a tout de suite soulevé la question lors de la première réunion « spécial Covid » à laquelle elle participe en tant qu’élue CFDT : « On fait quoi pour les pigistes ? »

Un problème loin d’être anodin quand on sait que ces journalistes représentent 40 % de la masse salariale du groupe. Quelques jours plus tôt, le groupe Radio France, dans lequel la CFDT est très engagée sur la question de la précarité, avait annoncé des mesures de solidarité. Rebecca suggère d’en reprendre le principe pour le groupe France Médias Monde. La direction ne tergiverse pas et acte le versement d’un « revenu solidaire de soutien » calculé sur la moyenne de piges mensuelles effectuées en 2019.

« De la mi-mars à la mi-juillet, ce dispositif a permis d'assurer un revenu à plus de 500 collaborateurs du groupe », indique l’élue CFDT. Par ailleurs, les absences pour Covid ou pour garde d’enfant ont également été prises en charge. Depuis août, le revenu solidaire a été suspendu et les pigistes sont de nouveau rémunérés exclusivement sur la base du travail effectué. « On reste vigilant car de nombreux pigistes constatent une baisse sensible de leur activité, en partie due à la réorganisation post-Covid. »

Soutenir les pigistes

Au-delà de l’action exemplaire menée à France Médias Monde, le soutien aux pigistes est une priorité de la Fédération CFDT-Communication, Conseil, Culture (F3C), qui s’est dotée d’un «pôle pigistes» très actif. Celui-ci a d’ailleurs participé à la mise en place du décret sur le chômage partiel pour la profession. « Mais tous les employeurs n’ont pas joué le jeu, car cela les oblige à reconnaître les pigistes comme faisant partie de leurs effectifs. Or c’est ce à quoi ils cherchent à se soustraire », explique Élise Descamps, coordinatrice du pôle, elle-même pigiste depuis seize ans.

La CFDT-Journalistes vient en tout cas de voir des mois – voire des années – d’efforts récompensés avec la publication d’un arrêté qui va permettre aux pigistes d’avoir enfin accès aux indemnités journalières de congé maladie, maternité et paternité aux mêmes conditions que l’ensemble des salariés.

Alors que jusqu’à présent, ils étaient largement défavorisés. Il reste encore bien des batailles à mener pour une équité de droits et limiter la précarité dans la profession. À ce titre, la CFDT travaille aussi sur les tarifs de pige web, parfois très bas, en vue de demander une négociation avec les éditeurs de presse en ligne, afin d’obtenir des barèmes minimaux, ainsi que cela se pratique dans certaines branches de la presse (magazine, spécialisée, etc.).