EPSM de Caen : “Le monde d’après ressemble au monde d’avant”

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iconeExtrait de l’hebdo n°3778

À l’établissement public de santé mentale de Caen, l’action de la CFDT a récemment permis le maintien de l’activité de restauration sur le site… et des 30 emplois qui lui sont nécessaires. Une stratégie qu’elle conjugue avec la proximité auprès des agents, sur laquelle elle compte s’appuyer pour progresser à l’issue des élections de 2022.

Par Guillaume Lefèvre— Publié le 18/05/2021 à 12h00

De gauche à droite : Stéphane Foubert, adhérent et responsable du service de restauration ; Virginie Barré, membre du bureau de la section CFDT ; Cédric Leseney, secrétaire de la section CFDT de l’EPSM et secrétaire du Syndicat Santé-Sociaux du Calvados, et deux membres de l’équipe qui travaille en cuisine.
De gauche à droite : Stéphane Foubert, adhérent et responsable du service de restauration ; Virginie Barré, membre du bureau de la section CFDT ; Cédric Leseney, secrétaire de la section CFDT de l’EPSM et secrétaire du Syndicat Santé-Sociaux du Calvados, et deux membres de l’équipe qui travaille en cuisine.© DR

« Malgré la pandémie et les promesses d’un monde d’après, nous restons confrontés aux réalités du monde d’avant », regrette Cédric Leseney, secrétaire du Syndicat Santé-Sociaux du Calvados et secrétaire de la section de l’EPSM. Covid ou pas, il faut se battre pour tout. Alors que les 1 200 agents soignants, techniques et administratifs de l’EPSM – un établissement accueillant des personnes recevant des soins de psychiatrie – sont sur le front depuis mars 2020, la position de la direction n’a pas évolué d’un iota : plan de retour à l’équilibre et maîtrise des budgets. Une rengaine qui s’est traduite, en juin dernier, par la volonté de fermer le service de restauration. Ç’a été un choc pour l’ensemble des personnels, qui se démènent afin d’améliorer le quotidien des patients.

Un projet de la direction immédiatement contesté

Cette décision, la section CFDT (deuxième organisation de l’EPSM avec 26,6 % des suffrages, derrière la CGT), forte de ses 50 adhérents, l’a aussitôt condamné – contrairement à l’organisation syndicale concurrente, en perte de repères et encore sonnée par les récentes victoires cédétistes (183 euros nets mensuels supplémentaires, revalorisation des grilles salariales grâce à l’accord du Ségur de la santé…). « Comment, en pleine pandémie et alors que les agents et leurs compétences sont reconnus et applaudis par tous, la direction peut-elle faire ce genre d’annonce ? », s’indigne Cédric.

“Ce n’est pas qu’une histoire de cuisine, le repas, c’est un moment fort, c’est aussi un soin.”

Stéphane Foubert, adhérent CFDT et responsable du service de restauration

Avant même que la mauvaise nouvelle se répande, la CFDT s’invite dans le bureau de la direction, lui fait part de son indignation et la menace d’une grève. Elle s’adresse aux élus du territoire et à la présidence du conseil de surveillance. La direction fait rapidement marche arrière. Mieux, elle investit dans de nouvelles machines, une thermocolleuse et un lave-cagettes, pour la plus grande satisfaction de Stéphane Foubert, adhérent CFDT et responsable du service de restauration : « Ce n’est pas qu’une histoire de cuisine, le repas, c’est un moment fort, c’est aussi un soin. »

L’équipe veille à servir des repas équilibrés. Elle travaille avec des produits locaux et de saison ; loin de la cuisine industrielle, donc. Elle confectionne aussi 2 900 parts de gâteaux d’anniversaire et délivre presque autant de repas pique-nique chaque année. Un service sur mesure. « C’est bien plus que de la cuisine. C’est un outil de travail, abonde Virginie Barré, infirmière, 34 ans et membre du bureau de la section. Il contribue au bien-être des usagers. » Et des personnels soignants.

Pendant la première vague de la pandémie, le service, à la demande de la direction des ressources humaines et à la suite d’une revendication CFDT, distribue un repas gratuit aux agents qui exercent dans les services confinés à cause de l’apparition d’un cluster. Une requête à laquelle Stéphane et son équipe répondent en se pliant en quatre… Pourtant, si la CFDT a obtenu le maintien de l’activité, la prudence reste de mise. « Nous avons gagné une bataille », clame Cédric, qui sait d’ores et déjà qu’il devra encore se battre avec son équipe dans les mois à venir. « Nous ne lâcherons pas ! » Une détermination saluée par les agents de l’EPSM.

Un nouveau regard sur la CFDT

« Le regard des collègues sur notre action change », s’enorgueillit Virginie. Une prouesse dans ce bastion CGT. « L’idéologie pure et la stratégie de la grève tous les quinze jours n’apportent pas de résultats », explique Cédric, qui a dû faire face à la violence du concurrent sur le plan syndical. « En plein mouvement social dans l’établissement en 2014, j’avais ma croix en bois dans un cimetière qui avait été créé, et un cercueil en carton taille réelle avait été déposé devant la porte du local syndical ! »

« À l’EPSM, il faut assumer le fait d’être CFDT, ça peut être très chaud », poursuit Virginie, qui se souvient, elle aussi, de propos violents une fois son appartenance syndicale connue. Mais il en faudrait plus pour décourager la section. D’ailleurs, elle attire des personnes (trois adhésions sont en cours) qui ne se retrouvent plus chez le rival historique. Autre motif de satisfaction de la section : le rajeunissement de l’équipe CFDT. « Nous pensons à l’avenir et veillons au renouvellement générationnel », insiste Cédric, qui se félicite d’avoir dans son équipe, au côté de Virginie, Sandrine Patte, 39 ans, responsable du développement.

Une opération de visibilité… à base de cartes postales

Enfin, dans quelques jours, les militants vont lancer une opération de visibilité, en lien avec le syndicat départemental, et interpeller la direction. Ils ont prévu de distribuer aux agents des cartes postales expliquant leur démarche : « Des congés d’été bien mérités ! » afin d’alerter sur l’épuisement des effectifs. Avec la pandémie, entre les annulations de congés qui se sont multipliées et les repos qui ont été décalés, les personnels sont à bout. Et malgré cela, ils doivent faire face à une direction qui n’a toujours pas validé les congés estivaux. Alors parfois, les esprits s'échauffent. « Cela fait plus de quatorze mois que nous sommes mobilisés et que nous répondons présent… À vous, maintenant, de faire en sorte que nous puissions bénéficier de congés bien mérités », explique la section.

À propos de l'auteur

Guillaume Lefèvre
Journaliste

« La CFDT revendique le droit, pour les agents qui le souhaitent, de pouvoir bénéficier de trois semaines de congés, sans contrepartie », précise Cédric. L’équipe compte profiter de cette opération de proximité pour aller à la rencontre des agents et revaloriser, une nouvelle fois, les résultats obtenus à travers le Ségur de la santé. Avec un objectif clair : conforter sa deuxième place en l’améliorant de plusieurs points lors des élections professionnelles de décembre 2022.