Les pistes de la CFDT pour faire collectivement le choix de l’emploi

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iconeExtrait de l’hebdo n°3780

Un contrôle démocratique du soutien aux entreprises, des aides à l’embauche conditionnées à la durée du contrat, un fonds public d’innovation territoriale… : la CFDT dévoile son plan pour l’emploi, en attendant la concertation de sortie de crise, le 7 juin prochain.

Par Anne-Sophie Balle— Publié le 01/06/2021 à 12h00

Le plan « Territoires résilients » réclamé par la CFDT permettrait d’identifier les fragilités, les ressources mobilisables et les besoins en matière d’investissement et de compétences.
Le plan « Territoires résilients » réclamé par la CFDT permettrait d’identifier les fragilités, les ressources mobilisables et les besoins en matière d’investissement et de compétences.© Gilles Rolle/RÉA

Comment opérer la transition entre mesures d’urgence et de relance ? Alors que la concertation réunissant l’État, les syndicats et le patronat sur la sortie de crise promise par l’exécutif devrait finalement se tenir le 7 juin prochain, la CFDT a choisi de prendre les devants en présentant son plan pour l’emploi. Depuis plus d’un an, le soutien massif à l’économie et le déploiement sans commune mesure de l’activité partielle ont globalement contribué à la préservation de l’emploi, déjouant ainsi les pronostics les plus alarmistes.

“La sortie des mesures d’urgence constitue une étape décisive ; rater cette dernière marche n’est pas une option.”

La CFDT

Chez les acteurs, pourtant, l’incertitude demeure forte quant à l’onde de choc que provoquera cette crise sur les secteurs très affectés et qui sont aussi les plus pourvoyeurs d’emplois. « Au vu de l’argent public investi massivement jusque-là, une sortie trop rapide anéantirait en grande partie les efforts pour préserver l’emploi, prévient la CFDT. La sortie des mesures d’urgence constitue une étape décisive ; rater cette dernière marche n’est pas une option ».

Dévoilé le 25 mai, à quelques heures d’une rencontre avec la ministre du Travail, ce plan se veut d’abord une interpellation des acteurs (État, collectivités territoriales, entreprises, organisations syndicales et patronales) à « construire collectivement les solutions concrètes de préservation et de développement de l’emploi ». Il s’articule autour de trois axes : la conditionnalité des aides aux entreprises, la mise en œuvre de solutions territoriales et l’utilisation des dispositifs de rebond et d’accompagnement de l’emploi.

Maintenir les aides… sous conditions

1. À ce jour, une modulation des taux de prise en charge de l’activité partielle est prévue au 1er juillet pour les secteurs dits non protégés et au 1er novembre pour ceux qui sont durablement touchés par la crise.

« Il n’est pas question d’arracher la perfusion du jour au lendemain », assure Marylise Léon, secrétaire générale adjointe. Au contraire, la CFDT prône un arrêt progressif et adapté à chaque situation. « Cela implique de poursuivre les mesures d’aides directes et sectorielles aux entreprises, le temps de la transition, pour leur permettre de relancer leurs activités, de se transformer et se moderniser », mais cela doit être conditionné à un dialogue social et économique effectif dans les branches. « L’idée, c’est d’évaluer les effets de la poursuite ou de la réduction des aides, mais aussi de réaliser un diagnostic partagé sur les fragilités des secteurs et les enjeux de transformation à moyen et long termes. » Durant cette phase, la CFDT revendique le maintien des taux de prise en charge et d’indemnisation propres à l’activité partielle, le dispositif ayant largement fait la preuve de son efficacité dans certains secteurs comme l’hôtellerie-restauration, le commerce ou l’événementiel1.

Privilégier une approche territoriale

Face à une crise aux impacts très différents selon les tissus sectoriels et les réalités économiques territoriales, « tout ne peut pas venir du national », prévient Marylise Léon, qui prône une approche territoriale pour « passer du prêt-à-porter au sur-mesure avec des politiques spécifiques adaptées aux réalités locales ».

En s’appuyant sur la cartographie des compétences par métiers que vient de publier France Stratégie, la CFDT demande la mise en place d’un plan « Territoires résilients » afin d’identifier à l’échelle des territoires les atouts et les fragilités, les ressources mobilisables et les besoins en matière d’investissement et de compétences. Comme dans le cas des branches, elle entend s’appuyer sur le dialogue social pour effectuer un diagnostic partagé et « apporter des réponses et des moyens adaptés à la diversité des situations territoriales ».

Parallèlement, la création d’un fonds public d’innovation territoriale pourrait encourager la coopération de tous les acteurs (État et services publics, collectivités locales et territoriales, représentants des salariés, des employeurs, opérateurs de l’emploi, de la formation et de la certification, etc.) dans la recherche de solutions d’accompagnement adaptées : gestion prévisionnelle des emplois et des compétences territoriale, cellule d’accompagnement des salariés des petites entreprises, etc.

Conditionner les aides à la durée des contrats

Préparer la reprise, c’est aussi anticiper les risques qu’elle est susceptible d’induire. Sections, syndicats, unions régionales et fédérations, tous témoignent de leurs inquiétudes liées à la reprise : un attentisme certain des employeurs, qui se traduit par le risque de privilégier l’allongement du temps de travail des salariés en poste à l’embauche, une multiplication des contrats courts (voire très courts) pour limiter les risques… Face à ce constat, la CFDT plaide pour une prime temporaire à l’embauche conditionnée à la durée du contrat dans les secteurs impactés par les fermetures administratives… Une autre manière de booster les recrutements en contrat long et d’assurer un véritable rebond de l’emploi.

Éviter les licenciements

Dans les secteurs durablement fragilisés, la CFDT appelle à « une utilisation raisonnée et responsable des outils de préservation de l’emploi ». Comment ? En interdisant les accords de performance collective (APC) à durée indéterminée et en obligeant les employeurs à démontrer à leur comité social et économique et à l’inspection du travail que tous les dispositifs permettant d’éviter les licenciements (activité partielle de longue durée, transitions collectives…) ont été étudiés avant d’envisager tout PSE, plan de départs volontaires ou rupture conventionnelle collective. « Parce que nous croyons dans la logique “former plutôt que licencier”, nous préconisons également une solution gagnant-gagnant qui rémunère à 100  % de leur salaire les salariés en activité partielle de longue durée pendant les périodes de formation et incite les entreprises à développer la formation grâce à un remboursement intégral pendant cette période », plaide également la CFDT.

1. Garantie minimale mensuelle de rémunération entre deux missions (fondée sur l’ancien salaire).

Utilisation responsable aussi en ce qui concerne les contrats courts, dont certains secteurs pourraient massivement user à l’heure de la reprise. « L’amélioration des CDI intérimaires via une revalorisation du minimum intercontrat1 ou la création d’un véritable socle de protection sociale pour les saisonniers (prime de précarité obligatoire, mutuelle, accès facilité au logement…) sont des pistes que nous mettons sur la table, mais nous voulons aller plus loin et restreindre les conditions légales du recours au CDD d’usage en contrôlant beaucoup plus strictement leur utilisation », développe Marylise Léon.

À propos de l'auteur

Anne-Sophie Balle
Rédactrice en chef-adjointe de Syndicalisme Hebdo

Sur tous ces points, la CFDT attend désormais une réponse à la hauteur des enjeux. De son côté, le gouvernement proposera dans son projet de loi de finances rectificative (présenté ce 2 juin en Conseil des ministres) une rallonge de 20 milliards d’euros au titre de la prolongation des aides d’urgence pour les secteurs les plus affectés par la crise. Signe que la reprise, loin d’être homogène, doit encore être soutenue et accompagnée.