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iconeExtrait du magazine n°471

À Dijon, une École de la deuxième chance accueille des jeunes décrocheurs en formation. Elle a fait appel à la CFDT pour leur apprendre ce qu’est un syndicat et acquérir les bases du droit du travail. Objectif : les rassurer face à un monde professionnel complexe et anxiogène.

Par Claire Nillus— Publié le 05/03/2021 à 09h00

Ces stagiaires de l'École de la deuxième chance suivent un cours sur les droits et devoirs des employeurs et salariés. Dijon, Chevigny-Saint-Sauveur (Côte-d’Or), 2020.
Ces stagiaires de l'École de la deuxième chance suivent un cours sur les droits et devoirs des employeurs et salariés. Dijon, Chevigny-Saint-Sauveur (Côte-d’Or), 2020.©CFDT magazine _ Emmanuelle Marchadour

« Qu’est-ce qu’un contrat de travail ? » ; « C’est combien, un Smic ? » ; « À quoi correspond la période d’essai ? ». Basiques autant qu’essentielles, ces questions ne sont pas abordées dansles manuels scolaires. Et pour des jeunes qui ne possèdent ni emploi ni qualification et qui ne peuvent trouver ces réponses auprès de leur entourage familial ou amical, le monde du travail a de quoi effrayer…

Sébastien Delval dirige l’École de la deuxième chance, E2C, de Chevigny-Saint-Sauveur (Côte-d’Or), un établissement qui permet à des jeunes de 16 à 30 ans pas ou peu qualifiés de s’intégrer dans la vie professionnelle en partant de leurs projets et envies. En 2019, l’E2C a reçu 140 stagiaires et autant en 2020 malgré la crise. Il y a deux ans, le directeur a contacté la CFDT de Dijon afin de compléter la formation de ses jeunes stagiaires avec des ateliers sur le syndicalisme et le fonctionnement des syndicats. 

Juliette Deharo, secrétaire régionale CFDT, a entièrement conçu la formation aux questions syndicales.
Juliette Deharo, secrétaire régionale CFDT, a entièrement conçu la formation aux questions syndicales.©Emmanuelle Marchadour

« Notre partenariat est né très simplement ! », sourit Juliette Deharo, secrétaire régionale CFDT, qui a conçu avec enthousiasme une formation sur mesure, qu’elle anime dans les locaux de l’E2C (certains cours ont été digitalisés mais le présentiel est maintenu autant que possible pour motiver les stagiaires). « Je pars de cas concrets. Exemple : un chauffeur fait un excès de vitesse. Que faites-vous si vous êtes l’employeur ? Le salarié ? Non seulement ils jouent le jeu mais ils ont beaucoup de choses à dire ! », poursuit-elle.

Un parcours individualisé

« Ce qui compte, c’est la façon dont ils apprennent… plus que le résultat », explique le directeur. La formation comporte trois étapes : après avoir identifié les freins rencontrés (problèmes de santé, à l’école, dans la famille), les jeunes effectuent des stages pour découvrir différents univers professionnels afin d’intégrer ensuite une formation qui les intéresse ou une entreprise où ils se sentent bien. Certains optent pour un service civique ou un chantier d’insertion.

Bienveillance, respect, politesse

À propos de l'auteur

Claire Nillus
Journaliste

En 2021, les stagiaires vont devoir élaborer ensemble une plaquette sur la santé au travail lors du Festival des associations prévu en juin prochain. Ce document sera distribué sur le stand et aux entreprises partenaires.

« Nous cherchons ensemble les mots-clés qui vont figurer sur ce flyer », précise Juliette. « Pour cela, je les fais parler d’abord… » Tom explique qu’il avait un stage en mécanique, qu’il a laissé tomber au bout d’une journée : « Mon patron ne m’adressait pas la parole », lâche-t-il. Désenchanté, comme Axel, CAP de serveur en poche, qui regrette son expérience dans la restauration, où on lui a fait faire…
la plonge.

Cathleen, à 17 ans, a déjà fait plusieurs stages dans le BTP (soudure, peinture, menuiserie, électricité). Elle reconnaît avoir « un problème » avec l’autorité et apprécier l’autonomie qu’on lui laisse sur certains chantiers, et de préciser : « Mais il faut que les employeurs soient plus patients avec nous car nous sommes seulement des stagiaires. »

Comment s’adapter à l’autre ? Bienveillance, respect, politesse, trois notions incontournables pour les stagiaires. C’est une transition toute trouvée avec la question au programme du jour, à savoir identifier les droits et les devoirs des salariés et des employeurs.

Au milieu de son exposé, Juliette fait un focus sur les horaires, les absences et leurs conséquences sur une organisation de travail. « Arriver à l’heure, prévenir d’un retard… On reprend toutes les bases ! » Discrimination, harcèlement, respect de la vie privée seront également abordés dans un deuxième temps, de même que l’utilisation du téléphone et des réseaux sociaux, les vêtements, la religion… « Je donne des supports, des textes de référence et je leur soumets un QCM à la fin de chaque atelier : les résultats sont très bons », constate Juliette, qui insiste sur l’objectif : « À la fin des ateliers, ils doivent être capables de dire “ceci n’est pas une situation normale” et connaître les recours possibles. »

Une école particulière

L’École de la deuxième chance est un dispositif d’insertion sociale, citoyenne et professionnelle à destination des publics âgés de 16 à 30 ans, demandeurs d’emploi, peu ou pas qualifiés. « Comme son nom ne l’indique pas, elle n’est pas une école. Nous proposons un parcours pédagogique valorisant l’apprentissage en situation », explique Élodie Alimondo, qui s’occupe précisément des relations avec les entreprises au sein de l’E2C de Côte-d’Or.

« Il ne s’agit pas de renvoyer en classe des jeunes décrocheurs ! Les candidats nous sont adressés par les missions locales et Pôle emploi et intègrent de leur plein gré le dispositif avec le statut de stagiaire de la formation professionnelle. »

L’E2C de Côte-d’Or fait partie du réseau national des Écoles de la deuxième chance mais bénéficie d’une subvention importante de la Région qui permet aux stagiaires de percevoir une rémunération plus élevée que celle fixée par le réseau. « Une manière de les faire adhérer au projet », souligne Élodie Alimondo.

Le dispositif s’inscrit également dans le programme « Un jeune, une solution », mis en place en juillet 2020, dans le cadre du plan de relance gouvernemental. Les jeunes travaillent sur un projet professionnel, l’acquisition de compétences générales et professionnelles, avec pour finalité l’entrée en formation qualifiante ou l’emploi direct. La formation ne peut excéder un an. 

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