Garantie jeunes : un assouplissement des règles d’éligibilité, des moyens pour les missions locales

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Extrait de l’hebdo n°3766

Bien que non convié à la rencontre du 15 février entre la ministre du Travail et le réseau des missions locales, le Synami-CFDT avait fait parvenir ses exigences concernant les moyens supplémentaires à mettre en œuvre pour assurer le bon déploiement du dispositif. Elles ont été partiellement entendues.

Par Anne-Sophie Balle— Publié le 17/02/2021 à 12h43 et mis à jour le 17/02/2021 à 13h27

Le gouvernement prévoit de doubler le nombre de bénéficiaires de la Garantie jeunes, lesquels devraient passer à 200 000 en 2021.
Le gouvernement prévoit de doubler le nombre de bénéficiaires de la Garantie jeunes, lesquels devraient passer à 200 000 en 2021.© Marta Nascimento/RÉA

1. Syndicat national des métiers de l’insertion

Depuis quelques jours, la ministre du Travail se félicite d’avoir reçu à la mi-février les représentants des missions locales afin de leur présenter certains assouplissements des conditions d’accessibilité à la Garantie jeunes et partager avec eux les évolutions décidées dans le cadre du plan « 1 jeune, 1 solution ». Les organisations syndicales en attendaient beaucoup, d’autant que la rencontre prévue avec l’intersyndicale, le 26 janvier dernier, avait été reportée sine die.

« Malheureusement, le réseau des missions locales tel que l’entend la ministre n’inclut pas toutes ses composantes, à commencer par les représentants des salariés. C’est une conception du paritarisme on ne peut plus dommageable », s’agace Isabelle Klem, secrétaire générale du Synami-CFDT1, qui avait adressé à la ministre une série de revendications par voie de tract. Il semble que certaines aient été entendues.

Les mesures d’assouplissement

En ce qui concerne l’entrée dans le dispositif, plusieurs mesures se rapprochent des préconisations formulées au début janvier par le Conseil d’orientation des politiques de jeunesse (lire SH 3760) : une attestation de situation de précarité émanant du conseiller suffira désormais à démontrer que le jeune satisfait aux conditions d’éligibilité du dispositif sans qu’il ait à fournir d’autres documents justifiant de sa situation financière. La durée du parcours sera modulable dans le temps (de neuf à dix-huit mois) pour tenir compte de la situation et des besoins – les jeunes en situation de handicap pouvant désormais s’inscrire dans le dispositif jusqu’à l’âge de 30 ans.

Enfin, la ministre a annoncé un doublement du « plafond des ressources [qui] pourra être évalué sur les trois ou six derniers mois » afin de tenir compte de la variété des parcours. Actuellement, les ressources ne doivent pas dépasser le montant du RSA pendant les trois mois précédant l’entrée du jeune dans le dispositif.

Les indicateurs de performance suspendus

En matière de fonctionnement, les mesures étaient également attendues, le gouvernement ayant annoncé le doublement du nombre de bénéficiaires de la Garantie jeunes pour 2021. Voilà des mois que la CFDT alerte sur le retard du versement des financements 2021 destinés aux missions locales. « Or il y a urgence [pour l’exécutif] à tenir [ses] promesses sur ce point parce qu’il y a urgence à embaucher », pointait, il y a quelques jours encore, le Synami. Ce cri de détresse semble avoir été entendu. En témoignent les « 140 millions d’euros supplémentaires alloués aux missions locales en 2021 pour un budget total de 495 millions d’euros », annoncés ce 15 février par la ministre, et dont une large part (455 millions) seront versés dès ce mois de février pour permettre le déploiement des dispositifs et l’embauche du personnel nécessaire, quand les crédits sont généralement alloués en avril.

“Cette culture du chiffre ne correspondait en rien aux besoins des jeunes ni aux services rendus mais mettait nos collègues en difficulté et en souffrance.”

Isabelle Klem, secrétaire générale du Synami-CFDT

Autre satisfaction : les indicateurs de performance de 2020 sont supprimés, ceux-ci étant jusqu’alors directement liés au versement des moyens de fonctionnement des missions locales d’une année sur l’autre. « Cette culture du chiffre ne correspondait en rien aux besoins des jeunes ni aux services rendus mais mettait nos collègues en difficulté et en souffrance », résume Isabelle Klem, qui se félicite de cette suspension.

Élargissement n’est pas universalité

À propos de l'auteur

Anne-Sophie Balle
Rédactrice en chef-adjointe de Syndicalisme Hebdo

Du côté du ministère, ces assouplissements et les moyens alloués au déploiement du dispositif marquent une première étape vers la « Garantie jeunes universelle », dont les contours devraient être prochainement définis, en lien avec les missions locales, pour « garantir à chaque jeune un droit à l’accompagnement inconditionnel jusqu’à ce qu’il accède à un emploi durable », précise la rue de Grenelle.

Reste que « l’élargissement de la Garantie jeunes n’atteint pas encore l’universalité, tempère Isabelle Klem. C’est une première étape, mais il ne faudrait pas mentir aux jeunes ni insulter l’avenir ». Plus globalement, le Synami-CFDT appelle l’exécutif à « arrêter de tourner autour du pot pour ne pas verser de RSA jeune. À partir du moment où tous les jeunes peuvent trouver une solution via les missions locales, qu’on mette en place un droit commun et qu’on cesse de maltraiter notre jeunesse, qui souffre cruellement des conséquences de la situation actuelle ».