Jeunes sans solution, professionnels désemparés

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iconeExtrait de l’hebdo n°3775

Malgré les nombreuses mesures prévues par le plan mis en place en août 2020, les jeunes sont nombreux à ne pas avoir trouvé d’emploi, d’alternance ou de formation. Les professionnels qui les accompagnent témoignent des difficultés rencontrées.

Par Marie-Nadine Eltchaninoff et Claire Nillus— Publié le 27/04/2021 à 12h00

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© Franck Crusiaux/RÉA

La promesse du plan « 1 jeune, 1 solution » fait-elle long feu ? Difficile de prendre la réelle mesure de son efficacité faute d’un bilan chiffré complet et actualisé. « Quand on écoute le gouvernement, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, les chiffres sont bons, les objectifs de l’apprentissage ont été dépassés… mais la réalité est plus compliquée, beaucoup de jeunes n’ont encore rien trouvé, ni apprentissage ni place de stage », alerte Inès Minin, secrétaire nationale CFDT responsable des politiques en direction de la jeunesse.

Environ 7 000 “orphelins” de l’apprentissage

1. Centre de formation des apprentis.

2. Délégation générale à l’emploi et à la formation professionnelle.

La situation se révèle particulièrement critique pour les apprentis qui ont bénéficié du dispositif permettant de suivre des cours pendant six mois en CFA1 sans avoir signé de contrat avec une entreprise. Le dispositif en question prend fin au mois de juin. Or selon la DGEFP2, sur les 52 000 jeunes qui l’ont intégré, 7 000 environ n’ont toujours pas trouvé d’entreprise d’accueil. Près de 10 000 jeunes ont abandonné leur formation et 12 000 jeunes sont « sortis sans solutions », indique le réseau des Carif-Oref, dans un relevé datant de la fin mars. À ce jour, seulement 18 000 jeunes entrés dans le dispositif ont signé un contrat avec un employeur.

“Nous avons insisté dès le départ pour qu’il y ait un suivi de ces jeunes afin d’éviter les déceptions, les abus ou une reconduction sans évaluation.”

Michèle Perrin, secrétaire confédérale responsable de l’apprentissage

1. Comités régionaux de l’emploi, de la formation et de l’orientation professionnelles.

Un bilan en forme de « demi-échec » voire de « leurre pour les jeunes », selon la CFDT. « Nous avons insisté dès le départ pour qu’il y ait un suivi de ces jeunes afin d’éviter les déceptions, les abus ou une reconduction sans évaluation », indique Michèle Perrin, secrétaire confédérale responsable de l’apprentissage. Le service emploi et sécurisation des parcours professionnels de la Confédération invite les unions régionales interprofessionnelles (URI) à contacter le préfet de région et à se mobiliser au sein des Crefop1.

C’est chose faite en Normandie, qui comptait un millier de jeunes sans employeur au début de cette année. « La CFDT a évoqué le sujet au Crefop dès janvier, explique Jean-Luc Michel, secrétaire régional chargé de l’économie, de l’emploi et de la formation. Nous avons interpellé le préfet de région, les branches professionnelles, le conseil régional. » Et au début du mois d’avril, une soixantaine de jeunes seulement restaient à placer.

Le manque de moyens constitue un frein

Plus largement, quel que soit l’objectif – alternance, emploi ou formation –, les professionnels dont la mission est d’accompagner les jeunes sont confrontés à un manque de moyens alors que les besoins explosent, comme l’ont dit des militants CFDT lors d’un atelier organisé par la Confédération sur le suivi du plan jeunes. « Nous recevons des jeunes qui sont dans une détresse sociale souvent poignante, nous passons beaucoup de temps à les écouter », explique Aurélie Stamper, militante du Synami (Syndicat national des métiers de l’insertion). La multiplication des dispositifs, qui nuit à leur compréhension par les publics ciblés, et le manque de moyens humains et financiers sont autant de freins à un suivi efficace.

Pas de nouvelles des crédits supplémentaires promis en février dernier par le ministère du Travail. « L’argent n’est pas arrivé, souligne Isabelle Klem, secrétaire générale du Synami-CFDT. Le recrutement de conseillers supplémentaires peine à se faire ; les gens postulent mais ne viennent pas, nos métiers manquent d’attractivité. » Les missions locales souffrent d’une pénurie de locaux alors que la réussite de l’accompagnement, dans le cadre de la Garantie jeunes notamment, repose sur un encadrement en présentiel et des temps collectifs.

“Une véritable usine à gaz”

Du côté de Pôle emploi, qui assure l’accompagnement intensif des jeunes (AIJ) prévu dans le cadre du plan jeunes, le constat est tout aussi mitigé. « Depuis le début de l’année, une aide exceptionnelle financière s’est greffée sur l’AIJ, ce qui amène les missions locales et Pôle emploi à un processus de co-diagnostic et parfois à un système de double accompagnement entre Pôle emploi et les missions locales, une véritable usine à gaz sur le plan opérationnel », juge David Vallaperta, élu CFDT-PSTE de Pôle emploi. Une mise en œuvre d’autant plus difficile que le recrutement de conseillers supplémentaires en missions locales tarde à se concrétiser.

À propos de l'auteur

Marie-Nadine Eltchaninoff
Journaliste

Renforcer les moyens humains et financiers des opérateurs, améliorer leur coordination, clarifier la palette des aides disponibles… : autant de conditions indispensables à la réussite d’un accompagnement de tous les jeunes, quel que soit leur profil.

Quand les cadres adhérents donnent un coup de pouce aux jeunes…

Aider les jeunes diplômés à trouver un emploi de qualité : chiche ! Depuis son lancement, le dispositif « Coup de pouce jeunes diplômés », imaginé par la CFDT-Cadres avec la Fage, connaît un véritable succès. L’opération, qui a débuté en février dernier, offre la possibilité de s’inscrire à un atelier collectif (et gratuit) avec l’Apec et son opération « Objectif Premier emploi ». Les jeunes diplômés qui le souhaitent sont ensuite accompagnés individuellement (en présentiel ou à distance) par un consultant de l’Apec jusqu’à leur premier emploi.

La CFDT-Cadres leur propose également d’entrer en relation avec des adhérents en poste qui acceptent de répondre à leurs demandes. « Il faut souvent les rassurer sur “les liens hiérarchiques et la démocratie dans l’entreprise” ou ses engagements écoresponsables, questions qui reviennent presque systématiquement dans les échanges que nous avons avec eux », affirme Anne-Florence Quintin, secrétaire nationale de la CFDT-Cadres, à l’origine de ce projet.

Ce système de mentorat s’avère fort utile pour renseigner les candidats « de l’intérieur » et leur donner des informations qu’ils ne trouveront pas ailleurs. Comment se positionner dans telle ou telle entreprise ? À quel niveau de rémunération peut-on prétendre selon le champ professionnel visé ou l’employeur ? Quelles sont les valeurs respectées par l’entreprise ? Quels sont les pièges à déjouer pendant l’entretien d’embauche ?

« Par exemple, nous avons aidé Naïma, qui a choisi des études d’ingénieur aéronautique, secteur porteur avant la crise, sinistré aujourd’hui. Elle s’apprêtait à postuler dans un cabinet d’audit spécialisé dans l’aéronautique, Akka Technologies. Nous lui avons présenté la situation sociale de l’entreprise : 800 licenciements en ce moment. Nous avons une “granularité” sur le monde de l’emploi y compris sur les territoires, c’est précieux pour aider les jeunes diplômés à orienter leurs recherches. »

Et ce n’est pas Rayan qui dira le contraire. Ce jeune diplômé a récemment écrit à l’adresse coupdepouce@cadres.cfdt.fr parce qu’il ne trouvait pas de stage de fin d’études, et ce, pour la deuxième année d’affilée. Un « échec » qui revenait pour lui à ne pas valider son cursus, le jeune homme ne pouvant pas, sur le plan financier, engager une troisième année. Il a été mis en contact avec un adhérent d’Engie Grand Est qui l’a orienté vers le service du domaine d’activité qu’il souhaitait. Rayan a passé l’entretien et obtenu son stage !

« Une des vertus de ce système consiste aussi à faire l’expérience de l’accompagnement par un autre salarié et de montrer que, dans l’entreprise, on peut construire des engagements et de l’autonomie, ce à quoi tiennent les jeunes, poursuit Anne-Florence. Nos adhérents sont bien placés pour témoigner de ce qu’est le syndicalisme. Nous constatons d’ailleurs que les préoccupations des jeunes diplômés se reflètent étroitement dans nos sujets. Enfin, les jeunes peuvent nous faire lire leur premier contrat de travail, c’est le moment où le lien se fait avec la section. » Après avoir créé un onglet « Coup de pouce » sur son site, la CFDT-Cadres finalise actuellement un site internet dédié à l’opération. Il sera prêt dès le mois de mai.

L’opération “Coup de pouce jeunes diplômés” de la CFDT-Cadres
L’opération “Coup de pouce jeunes diplômés” de la CFDT-Cadres© CFDT-Cadres