Knorr, la soupe… à la grimace

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iconeExtrait de l’hebdo n°3776

Le 25 mars, le groupe Unilever annonçait son intention de fermer l’usine Knorr de Duppigheim à l’automne 2021 ; 261 emplois sont concernés, sans compter les impacts sur les sous-traitants. Les salariés et leurs familles, les organisations syndicales et les élus font front commun pour qu’Unilever renonce à son projet.

Par Emmanuelle Pirat— Publié le 30/04/2021 à 07h20

Déterminés à sauver leur site, les salariés de Knorr à Duppigheim multiplient les modes de mobilisation et en appellent aux élus politiques.
Déterminés à sauver leur site, les salariés de Knorr à Duppigheim multiplient les modes de mobilisation et en appellent aux élus politiques.© DR

Ils sont décidés à se battre. Les 261 salariés de l’usine Knorr de Duppigheim (Bas-Rhin) – accompagnés de leurs familles, de l’ensemble des organisations syndicales (CFDT, CGT, CFE-CGC, FO et CFTC) mais aussi d’un certain nombre d’élus politiques – n’entendent pas plier sans rien dire face à Unilever, qui a décidé de fermer leur site d’ici à l’automne prochain.

Le 28 avril, une marche pour l’emploi a rassemblé plusieurs centaines de personnes derrière la bannière « Knorr doit rester en Alsace ». Présente en Alsace depuis 1953, l’usine s’implante d’abord à Illkirch-Graffenstaden avant de rejoindre Duppigheim en 1983. C’est là que sont fabriquées les soupes et autres sauces, avec deux unités de production (produits liquides d’un côté, déshydratés de l’autre).

“La direction se sert de l’argument Covid et du délaissement des soupes industrielles au profit du fait maison pour justifier la fermeture de ce site, qui serait devenu insuffisamment rentable. La vérité, c’est que rien n’a été fait depuis des années pour investir et soutenir la production…”

Christelle Holtzweiler, secrétaire générale du Syndicat de l’alimentation & forêts 67

Mais, depuis plusieurs années, le marché des soupes est en forte baisse. Selon la direction, l’outil de production à Duppigheim ne tournerait plus qu’à 40 % de ses capacités. « La direction se sert de l’argument Covid et du délaissement des soupes industrielles au profit du fait maison pour justifier la fermeture de ce site, qui serait devenu insuffisamment rentable. La vérité, c’est que rien n’a été fait depuis des années pour investir et soutenir la production. Ils ont laissé pourrir la situation », s’agace Christelle Holtzweiler, secrétaire générale du Syndicat de l’alimentation & forêts 67.

La stratégie purement financière de la direction

Depuis le rachat de Knorr, en 2000, Unilever a clairement fait le choix d’une stratégie purement financière, qui en l’occurrence conduit aux délocalisations plutôt qu’au développement d’une politique industrielle innovante. Et avec la délocalisation du centre de R&D de Duppigheim en Pologne, en 2007, la tendance à la baisse des investissements dans ce domaine s’est encore accentuée. Moins de nouveautés, des recettes qui perdent en qualité, des budgets publicitaires réduits… « À Duppigheim, le navire coule petit à petit depuis des années », dénoncent les salariés dans le texte d’une pétition publiée sur Change.org, grâce à laquelle ils entendent mobiliser bien au-delà de leur territoire.

Si les salariés relèvent ce défi qui évoque le combat de David contre Goliath, c’est parce qu’il y a eu deux précédents chez leurs voisins européens : deux affaires similaires au départ (des projets de fermeture de site avec délocalisation à la clé), mais dans lesquelles « les actions ont porté », rappelle Pierre Kreder, le délégué syndical CFDT (deuxième organisation syndicale dans l’usine).

“Unilever doit faire marche arrière !”

Un premier cas, en 2019, concernait un site de 500 personnes en Allemagne, « où Unilever a finalement renoncé à son projet de fermeture et décidé de pérenniser l’activité pour dix ans ». Quelques mois plus tard, c’est une mobilisation des salariés de l’usine de Sanguinetto, en Italie, qui a permis de trouver un repreneur sans perte d’emplois. « On veut pousser Unilever à faire marche arrière », explique Pierre.

La mobilisation sera-t-elle suffisante ? Pour l’heure, la direction semble maintenir son cap : fermeture du site avec transfert de la partie de la production dédiée au marché français à un sous-traitant hexagonal (pour garder le logo « made in France » apposé sur les briques) et délocalisation de la production destinée au marché européen vers la Roumanie et la Pologne.

À propos de l'auteur

Emmanuelle Pirat
Journaliste

Dans sa négociation d’un plan de sauvegarde de l’emploi entamée le 8 avril, la direction a déjà proposé un plan de reclassement concernant 70 salariés dans d’autres unités du groupe. Mais pour les salariés de Duppigheim, dont 40 % ont plus de 50 ans et ont fait toute leur carrière à l’usine, ce n’est pas une option. Seul mot d’ordre qui vaille pour l’instant : « Continuer à produire en France et défendre notre savoir-faire ! »