La “prime Macron” : pour qui, combien, jusqu’à quand ?

temps de lectureTemps de lecture 3 min

iconeExtrait de l’hebdo n°3776

À l’occasion d’une réunion de travail paritaire sur le partage de la valeur, le gouvernement a présenté les modalités de versement de la prime exceptionnelle de pouvoir d’achat.

Par Anne-Sophie Balle— Publié le 30/04/2021 à 11h06

Le plafond de la prime sera possiblement porté à 2 000 euros si l’entreprise ou la branche s’engagent formellement à des actions de valorisation des travailleurs dits de la deuxième ligne.
Le plafond de la prime sera possiblement porté à 2 000 euros si l’entreprise ou la branche s’engagent formellement à des actions de valorisation des travailleurs dits de la deuxième ligne.© Sylvie Humbert/RÉA

Actée lors du sommet social de mars dernier, la reconduction, pour la troisième année d’affilée, de la prime exceptionnelle de pouvoir d’achat (communément appelée prime Macron) restait suspendue à la présentation de ses modalités d’attribution. Le 28 avril, les ministères du Travail et de l’Économie ont enfin levé le voile sur cette mesure qui pourrait concerner près de 5 millions de personnes. Défiscalisée et exonérée de cotisations sociales, elle sera de nouveau ouverte en 2021 à l’ensemble des salariés percevant jusqu’à un salaire de trois Smic (soit 3700 euros nets).

Son montant, de 1 000 euros au maximum, pourra être porté à 2 000 euros pour les salariés dont l’entreprise est couverte par un accord d’intéressement en vigueur. Réaffirmant sa volonté de voir cette prime bénéficier en priorité aux travailleurs de la deuxième ligne - qui attendent toujours de voir se concrétiser la reconnaissance de leur investissement depuis plus d’un an - le gouvernement précise que ce plafond de 2 000 euros sera également applicable aux salariés dont l’entreprise ou la branche s’engage formellement à « des actions de valorisation de ces travailleurs ». Comprenez : un accord de méthode signé au niveau de la branche ou de l’entreprise.

Certains salariés pourraient ne pas en bénéficier…

Jusqu’à quand ? Là aussi, le calendrier se précise. La prime pourra être versée jusqu’à début 2022 et, de manière rétroactive, pour les primes versées à partir du dépôt du projet de loi intégrant le dispositif, programmé à l’été. La CFDT alerte cependant sur les limites de ce geste salarial et, dans une certaine mesure, sur les risques de désillusion. « En 2020, la prime versée était de 458 euros en moyenne, et les salariés qui en ont bénéficié n’étaient pas forcément ceux auxquels on pense », pointe Sandrine Lambert, secrétaire confédérale chargée des rémunérations. Loin des 1 000 ou 2 000 euros attendus, donc.

Signe que la prudence est de mise, les incertitudes liées à la conjoncture économique sont aujourd’hui brandies par nombre d’employeurs comme un possible frein au versement de ce geste salarial. « Qu’on ne me parle pas de prime Macron ! », lançait, il y a quelques semaines encore, le PDG du groupe Accor…

À propos de l'auteur

Anne-Sophie Balle
Rédactrice en chef-adjointe de Syndicalisme Hebdo

Surtout, le versement de la prime, laissé à la libre appréciation des employeurs, soulève la question de l’externalisation. La crise a mis en lumière les difficultés organisationnelles et de responsabilisation qu’entraîne la dilution des responsabilités des employeurs et des donneurs d’ordre – par exemple en matière d’équipements de protection qu’il a fallu procurer à certains travailleurs de la deuxième ligne.

« Dès lors, à qui demander la prime quand on est salarié multi-employeur ? interroge Sandrine Lambert. Davantage pensée pour les travailleurs à temps plein avec un employeur unique, cette prime est l’exemple même que ce geste, bien que positif, ne doit pas nous dédouaner de continuer à chercher les moyens d’une reconnaissance plus large qui tienne à la fois compte de la rémunération mais aussi des conditions d’emploi et de déroulement de carrière. »