“L’accompagnement par un psy peut s’avérer nécessaire”

Retrouvez le dossier complet
La force de l’âge

Par Emmanuelle Pirat— Publié le 05/02/2021 à 10h05

Catherine Bergeret-Amselek,  psychanalyste
Catherine Bergeret-Amselek, psychanalyste© John Foley - Opale

Nous vivons des crises existentielles à chaque âge, dites-vous. En quoi consiste celle du grand âge ?

Nous n’avançons pas dans la vie de manière linéaire, mais par ruptures, de métamorphoses en renaissances successives, de la vie intra-utérine jusqu’à la mort. Il y a des grands caps, avec des crises plus ou moins marquées ou « bruyantes », comme l’adolescence ; la parentalité ; la maturescence… mais aussi la sénescence, à partir de 65-70ans, qui est une étape du développement et peut se traduire en une crise d’identité parfois violente, car le temps à vivre diminue et les angoisses de mort peuvent être très présentes. Si, au mitan de la vie, la question est: « Aurai-je le temps de tout faire ? », aux abords du grand âge, les questions se posent en ces termes: « Qu’est-ce que j’ai accompli ? Quel sens a eu ma vie ? »

Qu’est-ce qui provoque cette crise existentielle ?

À partir de 65ans, certains obstacles sont susceptibles de nous faire trébucher: le départ à la retraite, un veuvage, la perte
de proches, des problèmes de santé… Ces obstacles peuvent venir nous faire flirter fortement avec des positions dépressives.
Il arrive aussi souvent que, dans ce moment de grands changements, quand le corps fout le camp, quand parfois aussi l’esprit vacille, tout d’un coup, certains des chocs anciens –
et même très anciens– remontent à la surface. Tout ce qui revient de l’inconscient profond, qui revient en boomerang et qui nous travaille. L’accompagnement par un psy peut s’avérer nécessaire, pour justement élaborer ce qui est à l’œuvre, s’en libérer et pouvoir rebondir. Comme à chaque âge, c’est une occasion de résoudre des conflits psychiques internes qui demeuraient encryptés et de continuer à évoluer. En tout état de cause, vieillir suppose un travail de renoncement: rien ne sera comme avant, et cela peut déboucher sur une véritable renaissance. Sénescence peut d’ailleurs s’écrire en deux mots, « c’est naissance ». Mais si l’on reste dans la nostalgie du passé, dans les regrets, on bloque ce processus.

« C’est naissance »… mais de quelle naissance parle-t-on justement ?

Vieillir n’est pas uniquement un processus d’affaiblissement – du corps, des forces physiques… – mais au contraire une ouverture à un autre état d’être. On est moins dans le « faire », dans le « paraître » (pare-être). La force de l’âge, justement, c’est d’avoir compris la musique, d’aller à l’essentiel, car on sait que l’on ne sera pas éternel. On a compris que si la vie ne vaut rien, rien ne vaut la vie.