“Le télétravail n’est pas dans la culture de l’Éducation nationale”

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iconeExtrait de l’hebdo n°3772

Pas de cadre juridique pour le télétravail des enseignants, qui pourtant le pratiquent depuis toujours, et de grandes réticences pour les autres personnels. Alors que les écoles ferment une nouvelle fois, les leçons du premier confinement n’ont pas toutes été tirées.

Par Marie-Nadine Eltchaninoff— Publié le 06/04/2021 à 10h29

À quelques exceptions près (enfants des personnels soignants ou en situation de handicap), les établissements scolaires ont fermé leurs portes le vendredi 2 avril dans l’après-midi pour au moins trois semaines.
À quelques exceptions près (enfants des personnels soignants ou en situation de handicap), les établissements scolaires ont fermé leurs portes le vendredi 2 avril dans l’après-midi pour au moins trois semaines.© Romain Gaillard/RÉA

Lors du premier confinement, le télétravail s’est naturellement imposé aux personnels de l’Éducation nationale, aux enseignants notamment, chargés d’assurer la continuité pédagogique à tout prix. Depuis un an, il aurait été logique de le voir figurer en tête des sujets traités dans le cadre du dialogue social avec le ministère de l’Éducation nationale. Il n’en est rien.

« Le télétravail n’est pas dans la culture de l’éducation nationale, regrette Catherine Nave-Bekhti, secrétaire générale du Sgen-CFDT. Nous avons demandé dès le retour du premier confinement l’ouverture de discussions sur le sujet… sans succès. Le ministère préférait peut-être attendre que l’accord relatif au télétravail dans la fonction publique soit finalisé. »

Un management rétif au télétravail

Dans la pratique, le recours au télétravail reste marginal, même dans les rectorats, où les postes administratifs pourraient facilement s’y prêter. Les recommandations en vigueur ces dernières semaines, de quatre jours sur cinq télétravaillés si le poste le permet, ne sont pas généralisées. Les difficultés sont d’ordre culturel, managérial – les cadres sont rétifs et peu formés au management à distance – mais aussi technique. « L’Éducation nationale a subi des attaques répétées de ses serveurs, ce qui a rendu plus difficile le travail à distance, indique Catherine Nave-Bekhti. Par ailleurs, beaucoup d’applications sont obsolètes, notamment les logiciels de paye ; les personnes ne sont pas toutes équipées, et il est sans doute plus difficile d’organiser un accès sécurisé à distance. »

Des équipements inexistants ou obsolètes

Les réticences sont encore plus grandes dans les établissements scolaires, alors que certains personnels pourraient bénéficier de l’équipement permettant le télétravail. « Nous avons demandé au moment du premier confinement que les CPE [conseillers principaux d’éducation], les assistantes sociales, les personnels de santé soient équipés ne serait-ce que d’un téléphone portable professionnel ou d’une seconde carte SIM pour communiquer avec les familles et les élèves. Cela n’a jamais été fait », relève Catherine Nave-Bekhti.

Le flou juridique règne

Le télétravail des enseignants, le fameux « distanciel », qui s’est généralisé au moment du premier confinement, se pratique dans le plus grand flou juridique. « Depuis toujours, les enseignants font une partie de leur travail depuis leur domicile ou le lieu de leur choix, mais cela n'est pas considéré comme une forme de télétravail des enseignants, constate la secrétaire générale du Sgen-CFDT. Le texte sur le télétravail datant de 2016 exclue d'ailleurs explicitement les enseignants du champ d’application. »

À propos de l'auteur

Marie-Nadine Eltchaninoff
Journaliste

La Fédération de la Formation et de l’Enseignement privés (les enseignants du privé ont le statut d’agents publics) tient le même langage. « Notre revendication principale est de mettre en place un cadre réglementaire, indique Bruno Lamour, secrétaire général de la FEP. Cela permettrait d’aborder des questions aussi diverses que l’équipement informatique, la formation des enseignants ou encore la propriété intellectuelle des outils pédagogiques. » Une réflexion concertée sur le télétravail semble urgente à mener, pour affronter les situations de crise et, à terme, gérer au mieux un enseignement désormais hybride.