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L’équivalent de 255 millions d’emplois détruits par la crise

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iconeExtrait de l’hebdo n°3763

La tonalité alarmante de la septième édition de l’observatoire de l’Organisation internationale du travail, qui scrute les effets de la crise sanitaire sur l’emploi, est à peine tempérée par les différents scénarios de reprise.

Par Marie-Nadine Eltchaninoff— Publié le 27/01/2021 à 13h34

Guy Ryder, directeur général de l’OIT, présentait le 25 janvier à Genève la dernière édition de l’observatoire de l’Organisation internationale du travail.
Guy Ryder, directeur général de l’OIT, présentait le 25 janvier à Genève la dernière édition de l’observatoire de l’Organisation internationale du travail.© ILO.org

Les chiffres égrenés par l’Organisation internationale du travail (OIT) dans sa dernière analyse de l’impact de l’épidémie sur le marché du travail donnent froid dans le dos. Sur l’année 2020, une perte de 8,8 % des heures travaillées dans le monde a été enregistrée par rapport au quatrième trimestre 2019 – soit quatre fois plus qu’en 2009, au plus fort de la crise financière. Cela représente 255 millions d’emplois à temps plein (sur la base d’une durée de travail hebdomadaire de 48 heures).

Ce pourcentage recouvre aussi bien la baisse du nombre d’heures effectuées par les personnes en emploi que les emplois supprimés et se traduit différemment selon les régions. Les pertes d’emploi sont plus élevées dans les pays d’Amérique du Nord et du Sud, plus faibles en Asie et surtout en Europe, où la réduction du volume d’heures travaillées s’est accompagnée de mesures de soutien à l’emploi.

Inégalités entre secteurs et entre pays

L’étude de l’OIT relève également un contraste entre la situation des secteurs les plus touchés (hôtellerie, restauration, arts et spectacles, commerce et construction) et « la croissance positive de l’emploi évidente en ce qui concerne les secteurs des services hautement qualifiés (par exemple l’information et la communication ainsi que les activités d’assurance et financières) ». Cet écart a pour effet d’accentuer les inégalités entre pays.

Les femmes et les jeunes les plus touchés

Que ce soit à l’échelle mondiale ou dans les régions, les femmes sont plus touchées par la crise et la perte d’emploi que les hommes (5 % chez les femmes ; 3,9 % chez les hommes.) Les jeunes, eux, ont connu une perte d’emploi de 8,7 % (contre 3,7 % pour les adultes) sans nécessairement basculer dans le chômage, mais en retardant leur entrée sur le marché du travail.

« Cette crise aggrave le degré de déconnexion du marché du travail et met en évidence le risque, plus que jamais réel, d’une génération perdue. »

Organisation internationale du travail (OIT)

« Cette crise aggrave le degré de déconnexion du marché du travail et met en évidence le risque, plus que jamais réel, d’une génération perdue », est-il rappelé dans l’étude. En outre, cette érosion du nombre d’heures de travail entraîne une perte de revenus, qui est plus marquée chez les femmes et les jeunes.

Une reprise sous conditions

Les experts de l’OIT ne se limitent pas à ce constat d’un marché du travail dévasté, ils se projettent aussi vers l’avenir. L’arrivée du vaccin rend possible « une forte reprise économique au deuxième semestre 2021 » mais « la vitesse et la qualité de cette reprise dépendront d’une multitude de facteurs politiques, économiques et sanitaires » – maintien des mesures de soutien à l’économie et à l’emploi, programmes vaccinaux, etc.

Le danger selon l’OIT se situerait dans une reprise en « K », scénario selon lequel certains secteurs bénéficieraient fortement de la reprise alors que d’autres continueraient de péricliter, au risque d’une aggravation des inégalités. Aussi, la solidarité devra-t-elle être au rendez-vous. « Les signes de reprise économique que nous percevons sont encourageants mais ils restent fragiles et très aléatoires, et nous devons nous rappeler qu’aucun pays ou aucune catégorie ne pourra s’en sortir seul·e », a commenté le directeur général de l’OIT, Guy Ryder, en présentant l’étude.

À propos de l'auteur

Marie-Nadine Eltchaninoff
Journaliste

Par conséquent, l’OIT recommande un soutien international destiné aux pays à faibles revenus. Dans tous les pays, les mesures doivent cibler les secteurs les plus touchés et s’adresser en priorité aux femmes, aux jeunes et aux moins qualifiés. Condition sine qua non d’une reprise économique durable et inclusive.