Les aléas de la prime aux travailleurs précaires

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Extrait de l’hebdo n°3766

Annoncée à la fin novembre 2020 par le Premier ministre pour les employés des secteurs touchés par la crise, l’aide d’urgence pouvant aller jusqu’à 900 euros est prolongée jusqu’à la fin mai. Mais les dysfonctionnements sont nombreux. Alors que les tensions augmentent, plusieurs syndicats de Pôle emploi appellent la direction (et l’exécutif) à prendre la mesure du problème.

Par Anne-Sophie Balle— Publié le 23/02/2021 à 13h00

Le refus de versement de la « prime permittents » à des allocataires qui y ont droit, les demandes de remboursement de trop-perçus consécutifs à des erreurs imputables à Pôle emploi et la poursuite de la crise sanitaire génèrent des tensions de part et d’autre du guichet.
Le refus de versement de la « prime permittents » à des allocataires qui y ont droit, les demandes de remboursement de trop-perçus consécutifs à des erreurs imputables à Pôle emploi et la poursuite de la crise sanitaire génèrent des tensions de part et d’autre du guichet.© Gilles Rolle/RÉA

1. L’aide concerne « ceux qui ont travaillé plus de 60 % du temps en 2019 » et « qui n’ont pas pu travailler suffisamment en 2020 pour recharger leurs droits » au chômage du fait de la crise.

Au premier versement, début février, nombre des 400 000 travailleurs précaires ou saisonniers éligibles à la « prime permittents » ont déchanté. Seulement quelques euros versés sur leur compte en banque quand l’exécutif promettait une aide exceptionnelle pouvant aller jusqu’à 900 euros1. Loin de se limiter à quelques cas isolés, ces dysfonctionnements constatés sur l'ensemble du territoire national sont source de situations dramatiques vécues par les demandeurs d’emploi.

« La pagaille est totale et on ne sait pas combien de temps on va pouvoir tenir, les agents comme les demandeurs d’emploi sont à bout », résume un délégué syndical CFDT. Certains se sont vu refuser la prime alors qu’ils y ont droit quand d’autres, à qui la prime a été versée par erreur, se voient depuis quelques jours demander le remboursement des trop-perçus. « C’est indigne », juge la CFDT, qui a décidé d’alerter la direction générale de Pôle emploi au moyen d’une lettre ouverte.

40 000 versements effectués par erreur

« Dès le début du mois de février, 130 000 demandeurs d’emploi ont été écartés du versement automatique et ont dû faire parvenir des pièces justificatives pour que l’on procède à un traitement manuel. Malgré les alertes des conseillers en indemnisation sur les risques de versements erronés, 40 000 demandeurs d’emploi auraient finalement perçu à tort tout ou partie de cette prime », écrit la CFDT, qui alerte sur les fortes tensions que cette situation génère dans les accueils, quelques semaines à peine après l’assassinat d’une conseillère Pôle emploi dans son agence de Valence.

“La CFDT demande solennellement de ne pas procéder au rattrapage des trop-perçus et de faire acter leur annulation.”

« Les conseillers Pôle emploi se retrouvent en première ligne pour expliquer pourquoi certains demandeurs d’emploi n’entrent pas dans la bonne case et n’y ont pas accès et pourquoi d’autres ne toucheront pas les 900 euros qu’ils avaient espérés », poursuit Sébastien P., conseiller travaillant dans le Grand Ouest, qui note « une agressivité croissante dans un contexte déjà éprouvant du fait de la crise ». De son côté, la CFDT « demande solennellement de ne pas procéder au rattrapage de ces trop-perçus et de faire acter leur annulation », certaines directions régionales demandant déjà à leurs conseillers de récupérer les sommes versées par erreur.

Allongement des délais de versement

Sans réponse de la direction générale, la CFDT et FO en appellent à la ministre du Travail pour qu’elle prenne des mesures d’urgence. De son côté, l’exécutif n’a eu d’autre choix que de prolonger l’aide – dont le premier versement, annoncé pour la fin décembre 2020, est arrivé avec deux mois de retard. « Compte tenu des incertitudes liées à l’évolution de la situation sanitaire et des difficultés actuelles du marché du travail, j’ai souhaité que cette aide soit prolongée jusqu’à l’été [soit trois mois supplémentaires] pour protéger les travailleurs précaires », assurait, il y a quelques jours, Élisabeth Borne, estimant que « plus de 400 000 personnes en ont déjà bénéficié au titre des mois de novembre et décembre, parmi lesquelles 165 000 jeunes de moins de 30 ans ». De fait, les premiers versements ont eu lieu début février au titre des mois de novembre et décembre… Le dernier versement, au titre du mois de mai, devrait se produire en juin.

À propos de l'auteur

Anne-Sophie Balle
Rédactrice en chef-adjointe de Syndicalisme Hebdo

Sur le terrain, la CFDT demande, elle, « l’instauration d’une hotline spécifique de toute urgence pour répondre aux nombreuses sollicitations et aux différentes situations de versement. Il y va de l’intérêt des demandeurs d’emploi et des salariés de Pôle emploi. »