Les défis de l’industrie française abonné

Depuis 2018, l’industrie française crée davantage d’emplois qu’elle n’en détruit. Après plus de vingt années de décroissance, cette reprise fragile laisse espérer un rebond d’un secteur clé de l’économie française.

Par Emmanuelle Pirat et Jérôme Citron— Publié le 28/03/2019 à 10h41

L’industrie française est-elle en train de se redresser ? Sur le front de l’emploi, en tout cas, l’année 2018 est charnière. C’est la première fois depuis plus de quinze ans que le secteur a créé davantage d’emplois qu’il n’en a détruit. Le résultat est modeste puisqu’il tournerait autour de 10 000, selon les estimations de l’Insee, et l’année 2019 devrait également afficher un résultat positif malgré un ralentissement sensible des embauches. « Vu la conjoncture internationale, et notamment les difficultés que connaît l’industrie allemande, l’année 2019 reste incertaine », avertit le secrétaire confédéral Augustin Bourguignat. L’heure n’est donc pas à l’euphorie, mais il faut rappeler d’où revient l’industrie française pour apprécier ces signes de reprise. Depuis les années 2000, 800 000 emplois ont été rayés de la carte. En 2016, le secteur en perdait encore 30 000.

En 2019, 175 000 salariés à recruter


La filière de l’automobile à l’heure des choix

Dans l’industrie automobile, l’heure est aux interrogations. Comme celles qui touchent la filière diesel, frappée par une crise sans précédent. Le « dieselgate » n’a rien arrangé, mais les ventes de véhicules diesel aux particuliers avaient déjà subi une baisse drastique entre 2010 et 2018, en passant de 71 à 36 %. Constructeurs, équipementiers, sous-traitants : tous les acteurs regardent l’avenir avec inquiétude. D’ailleurs, les équipementiers spécialisés sont les premiers à faire les frais de cette crise. Ibiden, fabricant de filtres à particules pour les moteurs Diesel, a dû fermer son site de 300 salariés à Courtenay (Loiret) à la fin de 2018. L’usine Bosch de Rodez est sur la sellette. Au total, près de 150 sites en France seraient directement menacés.

Plus largement, c’est toute la filière structurée autour de la motorisation thermique – celle sur laquelle l’automobile prospère depuis des décennies – qui est déstabilisée. La pression des nouvelles normes européennes, extrêmement restrictives en matière d’émissions de CO2 y est pour beaucoup. Mais les effets de cette mutation annoncée sont énormes. L’Observatoire de la métallurgie estime entre 15 000 et 20 000 le nombre d’emplois menacés sur la seule filière powertrain (ce qui correspond au groupe motopropulseur d’un véhicule automobile). Dans ce contexte, l’électrique et l’hybride (moteurs thermiques et électriques) sont indéniablement les voies d’avenir. Mais le futur modèle économique est encore loin d’être précisé. Les investissements tardent, et la diversification des sites de production reste timide. Sachant qu’il faut sept fois moins d’ouvriers pour fabriquer un véhicule électrique qu’un véhicule à moteur thermique, la CFDT a d’ores et déjà alerté sur l’urgence d’anticiper dans le domaine de la formation en vue de faire évoluer les compétences et préparer les salariés aux mutations.

 

Alors que la 9e édition de la Semaine de l’industrie s’achève, l’enjeu pour l’industrie est aujourd’hui de changer d’image afin d’attirer davantage les jeunes car cette reprise a fait naître quelques tensions dans les entreprises qui disent peiner à trouver des salariés formés.…

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