Les transitions professionnelles passées au crible

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iconeExtrait de l’hebdo n°3777

Réunies le 7 mai, organisations syndicales (sauf la CGT) et patronales ont analysé les processus de transition professionnelle. Une étude de France compétences met notamment en évidence un besoin d’accompagnement et un manque de connaissance des dispositifs existants.

Par Marie-Nadine Eltchaninoff— Publié le 11/05/2021 à 12h00

Pour 19 % des sondés, les contraintes de l'emploi devenues insupportables ont été l'élément déclencheur de leur projet de reconversion.
Pour 19 % des sondés, les contraintes de l'emploi devenues insupportables ont été l'élément déclencheur de leur projet de reconversion.© Robert Kluba/RÉA

Les partenaires sociaux poursuivaient le 7 mai leurs travaux sur l’état des lieux de la formation professionnelle, lors d’une séance consacrée aux transitions professionnelles. Parmi les différentes études présentées pour nourrir leur réflexion, une enquête BVA pour France compétences réalisée en mars 2021 éclaire les motivations des candidats à la reconversion et révèle une méconnaissance des dispositifs d’accompagnement.

L’institut de sondage a ainsi interrogé un échantillon représentatif de 945 personnes ayant opéré une reconversion au cours des cinq dernières années. Pour 55 % d’entre elles, c’est un événement déclencheur qui est à l’origine de leur démarche : une opportunité (22 %), des contraintes de l’emploi devenues insupportables (19 %), mais aussi des raisons familiales (15 %), une perte d’emploi (13 %) ou une rencontre (7 %). Le temps de maturation du projet lui, varie de quelques semaines pour 42 % à plusieurs mois (11 %) quand la personne change de métier.

Réaliser un bilan tout seul

Avant de se lancer dans un projet, la réalisation d’un bilan professionnel, quelle qu’en soit la forme, est loin d’être la règle : 33 % des personnes interrogées n’ont fait aucun travail de ce type, 37 % l’ont effectué tout seuls, 22 % seulement avec un professionnel.

Faut-il y déceler un manque de connaissance des aides à l’orientation à leur disposition ? Sans doute, car si 55 % des répondants savent ce qu’est un bilan de compétences, ils ne sont que 27 % à connaître l’existence du Conseil en évolution professionnelle (CEP).

Les difficultés rencontrées

Pour 37 % des répondants, aucun des dispositifs ou aides à la reconversion n’a été mobilisé. La liste est pourtant pléthorique : CPF, CEP, bilan de compétences, rupture conventionnelle, aide à la création d’entreprise, projet de transition professionnelle (PTP), VAE, cellule de reclassement dans le cadre d’un PSE, professionnalisation en alternance (Pro-A) ou encore le tout récent dispositif Transco.

Rien d’étonnant dès lors si 31 % des personnes sondées reconnaissent avoir rencontré des difficultés dans la mise en œuvre de leur projet. Le fait de se débrouiller tout seul, les difficultés financières, la complexité des démarches et le manque de connaissances de leurs droits sont autant de raisons invoquées.

“Une majorité de personnes réorientent leur projet au fur et à mesure de son avancée [mettant] en exergue le besoin primordial de l'accompagnement.”

Yvan Ricordeau, secrétaire national

In fine, pour 55 % du panel, le projet réalisé s’est révélé « très différent », voire pour certains « extrêmement » différent de celui imaginé au départ. « Il est intéressant de constater qu’une majorité de personnes réorientent leur projet au fur et à mesure de son avancée, remarque Yvan Ricordeau, secrétaire national en charge de la formation professionnelle. Cela met en exergue le besoin primordial de l’accompagnement lorsque l’on envisage une transition professionnelle. »

Ces changements d’aiguillage n’empêchent pas les personnes d’avoir un regard positif sur leur reconversion, qu’elles estiment réussie pour 82 % d’entre elles. Si la détermination personnelle est considérée comme le principal facteur de réussite, trois critères sont néanmoins cités comme décisifs : l’obtention d’un financement public, les formations suivies et l’accompagnement.