Les travailleurs indépendants, qui ils sont et ce qu’ils veulent

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iconeExtrait de l’hebdo n°3773

Une enquête Odoxa réalisée à la demande de l’association Union brosse un premier portrait des travailleurs indépendants. De plus en plus nombreux, ils ont en grande majorité choisi de se mettre à leur compte, recherchant davantage d’autonomie. La CFDT s’engage à leurs côtés pour les organiser en un collectif à même de défendre leurs droits.

Par Jérôme Citron— Publié le 13/04/2021 à 12h00

Les 3,6 millions de travailleurs indépendants en France exercent toutes sortes de métiers : consultant, informaticien, graphiste, coach sportif, cuisinier, chauffeur, livreur, commerçant…
Les 3,6 millions de travailleurs indépendants en France exercent toutes sortes de métiers : consultant, informaticien, graphiste, coach sportif, cuisinier, chauffeur, livreur, commerçant…© Stéphane Audras/RÉA

Chauffeurs, livreurs, commerçants mais aussi consultants, informaticiens, graphistes, coachs sportifs ou cuisiniers. Difficile de tirer le portrait des travailleurs indépendants tant ils recouvrent une multitude de métiers et de savoir-faire. On estime qu’ils sont aujourd’hui 3,6 millions en France à travailler à leur compte. Un nombre qui a presque doublé en quinze ans. Un véritable phénomène de société qui a été accompagné et même encouragé par les pouvoirs publics, notamment avec la création du statut d’autoentrepreneur, en 2009.

Jamais il n’a été aussi facile, d’un point de vue administratif, de lancer son activité, que ce soit en marge de son travail salarié ou à temps plein. Mais si ces travailleurs sont présents dans presque tous les secteurs de l’économie, ils restent encore largement méconnus… d’où l’intérêt de l’enquête Odoxa effectuée à la demande de l’association Union (dont la CFDT est membre fondateur).

Un choix très majoritairement délibéré…

1. Enquête réalisée par internet auprès d’un échantillon de 2 119 indépendants selon la méthode des quotas (sexe, âge, statut et secteur d’activité), et un panel de 1 000 Français.

Le premier enseignement de cette étude1 est que l’écrasante majorité des travailleurs indépendants (85 %) déclarent qu’il s’agit d’un choix délibéré. Ils étaient pour l’essentiel salariés (70 %) avant d’opter pour ce statut. Pour expliquer cette orientation professionnelle, ils mettent en avant l’autonomie (42 %), la liberté de travailler à sa manière (42 %), la possibilité d’organiser son temps de travail (37 %) ou l’équilibre vie personnelle-vie professionnelle (27 %). Contrairement à ce que l’on pourrait penser, ils ne sont que 19 % à déclarer être devenus indépendants en vue d’améliorer leurs revenus. Plus de la moitié (56 %) exerce d’ailleurs le même métier que celui qu’ils avaient en tant que salarié.

Où exercent-ils ? Chez eux principalement (49 %), tandis que 26 % travaillent dans des locaux dédiés et 23 % sont itinérants. Seul 1 % déclare être dans un espace de coworking ou une pépinière d’entreprises.

… Mais une situation loin d’être toute rose

Signe que l’indépendance attire, 40 % des Français ont déjà songé à travailler en tant qu’indépendant (16 % l’ont déjà fait). Néanmoins, tout n’est pas rose dans l’indépendance. L’enquête met ainsi en lumière les difficultés rencontrées par ces travailleurs pour trouver un logement. « Personne ne loue à un autoentrepreneur. » « Il y a zéro confiance, on ne vous prête rien, pas de bagnole, pas de maison. » Les témoignages recueillis au cours de l’enquête sont éloquents. L’accès aux soins est également problématique. Parmi les personnes interrogées, 45 % déclarent avoir renoncé à des soins en raison d’un reste à charge trop élevé ou de l’impossibilité d’avancer les frais. D’ailleurs, près de la moitié (44 %) des Français interrogés a hésité à franchir le pas pour des raisons de protection sociale (absence d’assurance chômage, faible cotisation retraite, coût de la mutuelle santé, etc.).

D’un point de vue professionnel enfin, peu d’entre eux ont bénéficié de formation et beaucoup ressentent des lacunes, que ce soit dans les domaines administratif, comptable ou commercial. Globalement, les travailleurs indépendants ont le sentiment de n’être pas assez écoutés, entendus, compris et défendus.

La CFDT aux côtés des indépendants

Ce portrait global valide le choix de la CFDT d’aller à leur rencontre et explique le lancement de l’association Union, dont la CFDT est membre fondateur. « Union est née à la fin 2019 après une expérimentation menée au sein de la Fédération Communication, Conseil, Culture (F3C). Dans nos différents champs professionnels, nous nous sommes aperçus qu’il y avait de plus en plus de travailleurs indépendants qui n’étaient pas pris en charge, qui n’avaient pas leur mot à dire sur leur travail et leurs droits. Nous sommes allés à leur rencontre et nous avons réfléchi à la meilleure manière de les fédérer, de les organiser en collectif », résume le président de l’association, Stéphane Chevet.

« Nous sommes encore en pleine expérimentation, complète la secrétaire générale adjointe de la CFDT, Marylise Léon. Nous réfléchissons à la meilleure manière de leur apporter notre aide et notre savoir-faire tout en ayant conscience que nous sommes une organisation construite pour des salariés. Il n’est donc pas possible de leur proposer notre fonctionnement traditionnel. En revanche, nous sommes persuadés que travailler avec des indépendants ou des collectifs d’indépendants est une source d’enrichissement mutuel. Tout reste à construire. »

À propos de l'auteur

Jérôme Citron
rédacteur en chef-adjoint de CFDT Magazine

Comment aider les travailleurs indépendants à obtenir de nouveaux droits ? Comment organiser le marché du travail afin que l’indépendance soit un choix et non une forme de sous-salariat ? Comment faire en sorte qu’il n’y ait pas de concurrence entre le salariat et l’indépendance, ce qui conduirait à fragiliser notre modèle de protection sociale ? Dans la période, ces questions se font de plus en plus pressantes.