L’industrie, entre Covid et transition écologique

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iconeExtrait de l’hebdo n°3770

À l’arrêt lors du premier confinement, l’industrie s’est rapidement remise en marche. Après un an de crise sanitaire, elle montre quand même un net recul de son activité et recourt encore dans une large mesure au chômage partiel. Une situation difficile pour ce secteur qui doit impérativement se transformer et opérer sa transition écologique.

Par Jérôme Citron— Publié le 23/03/2021 à 13h05

Si le secteur de la construction a vu son chiffre d’affaires progresser en 2020, l’économie française, elle, accuse globalement un net recul.
Si le secteur de la construction a vu son chiffre d’affaires progresser en 2020, l’économie française, elle, accuse globalement un net recul.© François Henry/RÉA

« Quand le bâtiment va, tout va. » La crise sanitaire actuelle serait-elle en train de faire mentir la célèbre formule ? Alors que le secteur de la construction a vu son chiffre d’affaires progresser en 2020, l’économie française, elle, reste en janvier 2021 à – 4 % par rapport à son niveau de la fin 2019. Et bien malin qui prétendrait pouvoir élaborer des scénarios à moyen et long terme. D’un côté, l’ampleur de la crise économique est moins importante que prévu initialement ; de l’autre, le rebond espéré est sans cesse retardé – rendant l’année 2021 de plus en plus incertaine.

De grandes disparités selon les secteurs

Prise dans ce tourbillon, l’industrie accuse le choc. La production suit la même évolution que la croissance économique, mais avec des mouvements nettement plus marqués – ce que montre une étude réalisée par le cabinet Syndex pour la CFDT-Mines et Métallurgie. Le secteur a davantage plongé que les autres lors du premier confinement, mais son rebond a été plus marqué en période d’accalmie. Entre février et décembre 2020, l’industrie dans son ensemble a ainsi vu son chiffre d’affaires baisser de 4,4 %. Un taux global à prendre avec des pincettes tant il masque de grandes disparités.

La filière aéronautique accuse par exemple une baisse de l’ordre de 30 % en 2020. Une reprise était espérée pour l’année 2022 mais la quasi-fermeture des frontières repousse les espoirs de redémarrage. Le « niveau pré-crise » n’est désormais pas espéré avant 2024. Par comparaison, l’automobile est à – 5,5 % pendant la même période, ce qui n’est pas si mal au vu du contexte. Et malgré les aides massives de l’État (il restait encore 2,1 millions de salariés en activité partielle en janvier 2021, tous secteurs confondus, contre 8,4 millions en avril 2020), l’industrie voit croître très fortement le nombre de ses plans sociaux.

“Il faudra regarder finement, territoire par territoire, les entreprises qui peuvent s’en sortir seules et celles qui vont avoir besoin d’être aidées.”

Philippe Portier, secrétaire national chargé des politiques industrielles

« Les petites entreprises sont particulièrement fragilisées car lorsque l’activité se réduit, les donneurs d’ordre ont tendance à rapatrier une partie du travail en interne », indique le secrétaire national chargé des politiques industrielles, Philippe Portier. Il pointe la question des aides gouvernementales, qui ne pourront pas cesser du jour au lendemain sous peine de provoquer nombre de faillites et de plans sociaux. « Il faudra regarder finement, territoire par territoire, les entreprises qui peuvent s’en sortir seules et celles qui vont avoir besoin d’être aidées en réfléchissant en termes de filières afin de responsabiliser les donneurs d’ordre. »

Une fragilité structurelle

Au-delà des chiffres, la crise sanitaire a surtout fait prendre conscience de la fragilité de pans entiers des industries française et européenne, aujourd’hui dépendantes de certaines parties du monde pour leur approvisionnement. Une situation dénoncée depuis des années par la CFDT. « Il ne faudrait pas imaginer que cette fragilité sera derrière nous une fois la crise sanitaire vaincue, insiste Philippe Portier. Il peut y avoir des crises environnementales ou politiques qui conduisent aux mêmes effets. On le voit dans l’automobile aujourd’hui. La pénurie de composants électroniques en Asie met à l’arrêt des usines en France. Je ne pense pas que l’on va assister en Europe à une vague très forte de relocalisations d’activités déjà parties dans des pays à bas coûts, mais il faut absolument diversifier les sources d’approvisionnement et se positionner sur les nouvelles activités en lien avec la transition écologique. »

Une industrie en transition

Sur ce point, la CFDT juge plutôt positivement le plan de relance gouvernemental, qui flèche les aides vers les investissements d’avenir même s’il est encore trop tôt pour en constater les premiers effets. « L’industrie française subit la baisse d’activité mondiale liée à la Covid, mais c’est un phénomène conjoncturel, résume Dominique Bousquenaud, secrétaire général de la Fédération Chimie-Énergie. En revanche, nos secteurs sont en plein bouleversement car ils doivent se préparer à la transition écologique qui, elle, est très structurante. Dans la période, nous constatons que les entreprises continuent les réorganisations qui étaient prévues avant la Covid. La crise a même, dans certains cas, accéléré les choses. »

Selon la CFDT, la crise sanitaire ne doit pas être un alibi pour imposer des restructurations à marche forcée ni masquer les enjeux en matière de formation et d’accompagnement des salariés. La question est bien d’engager la France et l’Europe dans une transition industrielle respectueuse de l’environnement et juste socialement. Un an après l’apparition du coronavirus, cette actualité est toujours aussi brûlante.