Malgré les aides de l’État, l’hôtellerie francilienne licencie

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iconeExtrait de l’hebdo n°3775

Plusieurs hôtels d’Île-de-France ont conclu récemment des plans de sauvegarde de l’emploi, qui concernent plusieurs centaines de salariés. Le secteur est très dépendant des touristes étrangers (priés de rester chez eux à cause de la pandémie de Covid-19).

Par Fabrice Dedieu— Publié le 21/04/2021 à 13h59

De grands hôtels situés en Île-de-France se voient contraints d’engager des plans de sauvegarde de l’emploi ; certains utilisent le prétexte de la Covid-19 pour le faire…
De grands hôtels situés en Île-de-France se voient contraints d’engager des plans de sauvegarde de l’emploi ; certains utilisent le prétexte de la Covid-19 pour le faire…© Denis/RÉA

Avions cloués au sol, échanges internationaux devenus inexistants, congrès et conventions annulés… Les restrictions adoptées par de très nombreux pays afin de lutter contre la pandémie de Covid-19 ont tari deux indispensables sources de clients pour l’hôtellerie francilienne : le tourisme international et le tourisme d’affaire. Or malgré un léger redémarrage durant l’été 2020, les hôtels sont restés majoritairement vides.

Une perte de chiffre d’affaires… en milliards d’euros

Ainsi, selon l’Insee, seules 6,8 millions de nuitées ont été enregistrées dans les hôtels d’Île-de-France entre juin et septembre 2020 (contre 26 millions sur la même période en 2019). La perte de chiffre d’affaires de l’industrie touristique régionale est estimée à 15,5 milliards d’euros en 2020 par rapport à 2019, d’après le Comité régional du tourisme Paris - Île-de-France.

En conséquence, certains établissements commencent à licencier. L’hôtel franchisé Hilton de l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle vient de finaliser un PSE qui concernera 40 postes (principalement le personnel de restauration et les chauffeurs bagagistes) alors que la CFDT aurait souhaité descendre à 30 postes. Cet hôtel de 400 chambres, resté fermé pendant le printemps 2020, a rouvert partiellement en juillet de la même année. Le taux de remplissage varie entre 15 % et 30 %.

Les grands hôtels très impactés

Le groupe espagnol Meliá Hotels International, qui possède sept établissements en Île-de-France, a lui aussi conclu un plan de sauvegarde de l’emploi. Il touche 82 salariés, et 46 d’entre eux seront transférés dans une autre entreprise ; les autres seront licenciés. D’autres PSE d’importance ont été signés dans de grands établissements de la capitale – comme au Méridien Étoile (situé à proximité immédiate du Palais des congrès de Paris), qui va licencier environ 230 salariés. The Westin Paris - Vendôme, lui, va licencier environ 170 salariés sur 350.

« Les aides de l’État ont été conséquentes mais n’ont pas suffi à endiguer la perte de chiffre d’affaires colossale des énormes hôtels. Après, il ne faut pas se cacher : certains avaient déjà des idées de PSE ou de sous-traitance et profitent de la crise pour avancer sur le sujet », souligne Pascal Pedrak, secrétaire général du Syndicat CFDT Hôtellerie Tourisme Restauration (HCR) d’Île-de-France.

Les entreprises du secteur du tourisme ont pu bénéficier de la prise en charge de l’activité partielle, d’aides émanant du fonds de solidarité qui peuvent représenter jusqu’à 20 % du chiffre d’affaires (dans la limite de 200 000 euros par mois [en cas de perte de chiffre d’affaires de plus de 70 %]), d’exonérations ou de report de charges sociales. La signature d’accords APLD (activité partielle de longue durée) devrait toutefois limiter les licenciements pendant quelques mois. Au total, le secteur du tourisme a touché 26 milliards d’euros entre mars 2020 et mars 2021, a affirmé Jean-Baptiste Lemoyne, le secrétaire d’État chargé du Tourisme, le 1er avril.

“Le secteur s’en relèvera”

Les aides de l’État devraient au moins durer jusqu’à juin, estime le syndicat, alors que le doute plane encore sur la saison estivale 2021. L’efficacité de la vaccination pourrait permettre un redémarrage rapide du secteur touristique. Pour le moment, les dernières annonces du gouvernement ne remettent pas en cause une sortie de confinement le lundi 3 mai, avec la fin de la limitation des déplacements dans un rayon de 10 kilomètres, a confirmé le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, le 21 avril. Le couvre-feu, lui, sera encore en vigueur après le 3 mai.

À propos de l'auteur

Fabrice Dedieu
Journaliste

Alors, après une année d’incertitudes, quel avenir pour l’hôtellerie ? « Le secteur s’en relèvera. Mais ça va changer la façon de travailler », analyse Nicolas Dosen, secrétaire général adjoint du Syndicat HCR Île-de-France. La polyvalence des salariés risque d’être accentuée. « Ce sera plus standardisé, plus rationalisé, et peut-être qu’il y aura des services qui ne seront plus proposés de la même façon », à l’instar de la restauration dans les hôtels de luxe. Réponse dans les prochains mois.