Nokia : Des salariés écœurés, mais qui restent combatifs abonné

Quatre ans après avoir racheté Alcatel-Lucent, Nokia annonce des coupes sévères dans la recherche et le développement en France ; 1 233 postes sont sur la sellette. La CFDT rejette ce plan et tente de mobiliser les pouvoirs publics pour contraindre la multinationale à revoir sa copie.

Par Jérôme Citron— Publié le 03/07/2020 à 13h16

Le sort s’acharne sur l’univers des télécoms français. En crise depuis plus de vingt ans, l’entreprise Alcatel, longtemps considérée comme un fleuron industriel français, a cru voir le bout du tunnel lors de son rachat en 2016 par Nokia. Quatre ans plus tard, le 22 juin dernier, le géant finlandais annonçait son intention de supprimer 1 233 postes, en grande partie dans la recherche et développement (R&D). Ce projet se traduirait par le départ de 831 salariés du site de Nozay (Essonne) sur un total de 2 885 personnes et par le départ de 402 salariés du site de Lannion (Côtes-d’Armor) sur un total de 777, soit plus de la moitié de l’effectif.

« Les salariés sont écœurés, résume le délégué syndical central CFDT Pascal Guihéneuf. En quatre ans, c’est le quatrième plan social que nous vivons. Jusqu’à présent, nous avons réussi à négocier des départs volontaires mais, cette fois-ci, nous changeons de dimension. Le groupe s’attaque à la R&D, c’est-à-dire à l’avenir même de l’entreprise en France. Si nous ne faisons rien, la France verra disparaître sa dernière entreprise spécialisée dans les télécoms. »

Des engagements pris par Nokia, mais de courte durée

Quand Nokia a racheté Alcatel-Lucent, l’État et les organisations syndicales (la CFDT est le premier syndicat avec 47 % des voix aux dernières élections) avaient réussi à protéger l’entreprise à court terme d’un tel scénario. À l’époque, Nokia s’était engagé à faire de la France un centre d’excellence en R&D dans le domaine de la 5G. Le groupe s’était même engagé à recruter des jeunes ingénieurs pour atteindre un effectif de 2 500 personnes dans la recherche afin de compenser les suppressions de postes dans d’autres secteurs de l’entreprise. Des engagements importants… mais ne qui ne couraient que jusqu’en juin 2020.

Le plus cyniquement du monde, Nokia peut donc clamer haut et fort qu’il a tenu ses engagements tout en réorganisant sa recherche dans des pays à bas coût (Pologne et Inde essentiellement) bénéficiant d’un droit du travail extrêmement peu contraignant. « Durant ces quatre années, nous nous sommes investis dans de nouveaux projets, des jeunes ingénieurs ont été embauchés, à qui on a demandé beaucoup, mais le groupe annonce vouloir tirer un trait sur…

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