Paroles de travailleurs de la “deuxième ligne”

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iconeExtrait de l’hebdo n°3761

Ils n’en peuvent plus d’attendre et sont bien décidés à le faire savoir…

Par Anne-Sophie Balle— Publié le 21/01/2021 à 11h19 et mis à jour le 25/01/2021 à 11h07

Dans les abattoirs comme dans le médico-social, la « deuxième ligne » attend toujours une reconnaissance à la juste valeur de la richesse qu’elle produit.
Dans les abattoirs comme dans le médico-social, la « deuxième ligne » attend toujours une reconnaissance à la juste valeur de la richesse qu’elle produit.© Frédéric Maigrot / RÉA

« Tout à coup, nous étions devenus d’utilité publique, même si les casseroles n’ont pas fait de bruit pour nous. La vérité, c’est que l’on nous a fait travailler plus sans gagner plus mais avec une énorme pression. Certains n’osaient plus toucher leurs proches de peur de les contaminer. Beaucoup ont craqué sous la pression », lâche Gabrielle Cherel, ouvrière de conditionnement chez JPA, une entreprise d’abattage. Comme elle, ils sont 5,6 millions de travailleurs à avoir été mis en lumière à la faveur de la crise sanitaire. Agents d’entretien, employés de la grande distribution, intérimaires ou agents à la protection de l’enfance, ils ont en commun d’être tous à temps partiel (en horaires décalés majoritairement), souvent en bout de la chaîne de valeur… et peu considérés.

Un inacceptable retour vers l’invisibilité

Les confinements passés, et malgré l’ouverture à l’automne d’une concertation (sous la pression des organisations syndicales), plane l’impression que ces salariés ont été replongés dans une sorte d’invisibilité. Inacceptable pour la CFDT, décidée à avancer sur ce dossier. « On ne demande pas grand-chose, mais on refuse d’être la cinquième roue du carrosse, abonde Élisabeth Glandu, aide à domicile. Le personnel est épuisé, et la non-revalorisation salariale a augmenté un peu plus le turnover. » De primes il a été question, mais si peu : 500 euros pour Élisabeth et ses collègues, quand l’État lui en promettait 1 000 ; 400 euros dans les abattoirs JPA. « Un appât plus qu’une prime », estime Gabrielle.

Reconnaissance ponctuelle, action structurelle

À court terme, la CFDT demande la renégociation des grilles salariales dans tous les secteurs concernés ainsi qu’une augmentation des salaires de 15 % pour le social et le médico-social. « Dans la branche du maintien à domicile, l’avenant 43 à la convention collective, conclu en février 2020, n’est toujours pas agréé par l’État, qui fait blocage. Ce n’est pas possible ! », s’agace Laurent Berger, qui assure que, sur ces questions, « la CFDT reviendra à la charge aussi souvent que nécessaire ».

À propos de l'auteur

Anne-Sophie Balle
Rédactrice en chef-adjointe de Syndicalisme Hebdo

À plus long terme, des actions devraient être engagées autour de quatre axes : conditions de travail, parcours professionnel, rémunérations et temps de travail. L’exécutif assure pouvoir disposer d’ici à la fin du mois d’un diagnostic complet sur ces travailleurs indispensables à la continuité de la vie économique et sociale du pays. « Après, il faudra que ça aille vite », lâche la CFDT.