Pour la CFDT d’Amadeus, demain se prépare aujourd’hui

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iconeExtrait de l’hebdo n°3776

Amadeus Nice est le principal centre de recherche et développement du groupe spécialisé dans l’optimisation de services liés au voyage. Le contexte sanitaire toujours incertain et l’improbable retour au “monde d’avant” ont fait évoluer positivement le dialogue social. Depuis un an, la direction réfléchit avec les organisations syndicales à de nouveaux modes de communication et d’organisation.

Par Claire Nillus— Publié le 04/05/2021 à 12h00

Les locaux d’Amadeus Nice à Sophia Antipolis (Alpes-Maritimes).
Les locaux d’Amadeus Nice à Sophia Antipolis (Alpes-Maritimes).© DR

Du jour au lendemain, Amadeus Nice (qui regroupe les sites de Sophia Antipolis et Villeneuve-Loubet) a changé son organisation de travail. Télétravail imposé, management à distance, négociations en visioconférences : en mars 2020, les 4 000 salariés de cette société d’ingénierie informatique pour compagnies aériennes et agences de voyages ont basculé en télétravail à temps plein. Avant la crise, ils télétravaillaient au maximum deux jours par semaine ou pas du tout. Les salariés ont pu récupérer du matériel en se rendant sur le site après avoir réservé leur équipement sur une liste (écran, clavier, double écran, souris, clé 4G…).

1. Commission santé, sécurité et conditions de travail.

« Jamais un travail commun entre direction et CSSCT1 n’a été appliqué aussi vite ! », raconte Jérôme Reytinat-Hardouin, délégué syndical CFDT. « Dans l’ensemble, nous avons été écoutés. Beaucoup de réunions préparatoires ont eu lieu afin d’aboutir à un consensus sur le protocole sanitaire. » Depuis, chaque fois qu’un changement a eu lieu, les représentants du personnel ont été systématiquement consultés en CSE (ou CSSCT) extraordinaire. « Il reste beaucoup à faire mais 2020 est une bonne année pour le dialogue social au sein d’Amadeus. C’est assez rare pour être souligné », poursuit-il.

Les risques psychosociaux pris en compte

La section CFDT, majoritaire avec plus de 30 % des voix (devant la CGT, la CFE-CGC et la CFTC), est très investie sur les risques psychosociaux. Jérôme Reytinat-Hardouin fait également partie du groupe « bien-être » de l’entreprise (qui réunit la direction, la CSSCT et des préventeurs internes et externes) et qui traitait déjà, avant la pandémie, de nombreux cas de salariés en souffrance. Dès juillet 2020, la section CFDT a lancé une enquête en ligne pour sonder le moral des troupes. Elle a bien fait : 13 % seulement ont déclaré vouloir poursuivre le télétravail à temps plein.

L’accord télétravail qui vient d’être signé tient compte de ces résultats : dès le 1er juin prochain, il prévoit des règles de télétravail souples, tient compte des personnes vivant des situations familiales compliquées ou celles qui sont très isolées ainsi que les nouveaux salariés en phase d’intégration. L’accord permet de télétravailler d’un à trois jours par semaine. Le dispositif est étendu à cinq jours à hauteur de 5 % des effectifs, soit 200 personnes au maximum. Les jours télétravaillés sont toujours sur la base du volontariat et donneront lieu à des bilans réguliers avec le responsable d’équipe.

Une communication mise au goût du jour

La nouveauté depuis un an, c’est la création par la direction d’une page dédiée aux quatre organisations syndicales représentatives sur l’intranet de la société, avec les adresses des sites et leurs logos respectifs. « C’est un grand pas car il n’y avait rien précédemment ! Mais nous revendiquons plus : la possibilité de rendre plus visible notre site internet et l’utilisation des boîtes mail professionnelles afin de pouvoir adapter nos pratiques syndicales aux nouveaux modes de travail. La communication via des tracts à l’entrée du site, c’est du passé… » Pour l’heure, les organisations syndicales ont obtenu l’ouverture prochaine d’une négociation relative à la communication syndicale. Ce sera le premier accord, très attendu, sur ce sujet.

Des réaménagements sous surveillance

Organisés en open spaces depuis quelques années déjà, les bureaux n’accueillent plus que de 3 à 5 % des salariés depuis un an. Il s’agit surtout de personnes qui ne peuvent pas télétravailler pour diverses raisons (mauvais réseau internet, problèmes familiaux, solitude) ou qui doivent fonctionner en groupe projet et ont besoin d’être au contact direct de leurs coéquipiers. La direction travaille actuellement sur « Nomad » (un projet de flex office qui ne dit pas son nom), un réaménagement des locaux en vue de la reprise du travail en mode hybride : télétravail partiel proposé pour tous et, sur site, des espaces collaboratifs revisités (zones protégées des bruits, estrades modulables, poufs…) et plus nombreux.

« Le passage à l’open space avait déjà fait grincer les dents, confie Jérôme. Prévoir plus de salles de réunion et de détente est une bonne chose mais nous avons alerté sur des points non réglés car les salariés n’auront plus de place attitrée. Comment va-t-on accueillir les salariés handicapés qui requièrent des équipements spécifiques ? Comment sera gérée la quantité de places disponibles ? Les équipes projet pourront-elles continuer à travailler ensemble, en présentiel ? Nous avons posé toutes ces questions en CSSCT et en CSE. »

Une reprise qu’il faut bien anticiper

À propos de l'auteur

Claire Nillus
Journaliste

En 2020, le tableau, on s’en doute, n’est pas rose dans le secteur du voyage : Amadeus a remercié 900 sous-traitants depuis le début de la crise et a négocié environ 500 départs (préretraite, ruptures conventionnelles…). Son chiffre d’affaires a chuté de 60 % par rapport à 2019. « Malgré ces piètres résultats financiers, la direction a suivi nos préconisations, se félicite Jérôme. La reprise ne pourra pas se faire si une partie des salariés (Amadeus emploie 99 % de cadres en informatique) vont voir ailleurs si l’herbe est plus verte… »

L’argument a été entendu, sachant qu’il sert aussi à rassurer les actionnaires quant à la bonne santé de l’entreprise. Les salariés toucheront tous une prime au titre de l’année 2020, signe de reconnaissance des objectifs atteints et marque de confiance dans l’avenir du groupe. « C’est ce que la CFDT a défendu tout au long de l’année. Demain, nous aurons besoin de tous, de leur expérience et de leurs compétences ! »