Quand on s’en donne les moyens…

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Migrants : France, terre d’écueils

Lancé en 2017, le programme Hope permet aux réfugiés de bénéficier d’une formation dans les secteurs en tension mais aussi d’un accompagnement renforcé… clés d’une intégration réussie.

Par Anne-Sophie Balle— Publié le 02/04/2021 à 08h00

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© Andia

À l’évocation du mot hope [espoir en anglais], Tayeb sourit. Ce mot ne l’a jamais quitté durant son périple depuis son pays d’origine, le Soudan. Il ne savait pas qu’il deviendrait aussi sa voie d’entrée dans une nouvelle vie. Stagiaire depuis cinq mois du programme Hope (Hébergement, orientation, parcours vers l’emploi), ce jeune de 21 ans au français encore hésitant est doté d’une détermination sans limites. « J’arrive avant les autres, je pars après, et je travaille le soir dans ma chambre. J’ai pas beaucoup de temps, je dois réussir. Je n’ai pas traversé toutes ces épreuves pour rien. »

Expérimenté au départ avec 200 migrants de Calais, ce dispositif piloté par l’Afpa (Agence nationale pour la formation professionnelle des adultes) devient en 2017 un programme officiel d’insertion par l’emploi des réfugiés, aujourd’hui soutenu par les ministères de l’Intérieur, du Travail, du Logement et par le monde de la formation professionnelle. « On a inventé un système d’intégration en positionnant les réfugiés sur des métiers en tension et en mouillant des entreprises qui, jusqu’alors, se cachaient derrière un discours de formation inadaptée à leurs besoins », résume Pascale Gérard, directrice de l’insertion sociale à l’Afpa et instigatrice du projet Hope.

« Mes difficultés de français étaient très handicapantes pour moi et, même avec le statut de réfugié, je n’arrivais pas à trouver de travail. »

Sayed, Afghan de 28 ans, a suivi une formation de cariste.

Pendant neuf mois, au minimum, les réfugiés sélectionnés par l’Office français de l’immigration et de l’intégration (Ofii) bénéficient d’un accompagnement renforcé et suivent un parcours de formation spécifique : 400 heures pour apprendre le « français professionnel » et découvrir des métiers grâce à une Poec (préparation opérationnelle à l’emploi collective) puis 450 heures d’alternance en entreprise, en vue d’obtenir une première qualification professionnelle. Le succès du programme, lui, n’est plus à démontrer : depuis 2017, 2 775 stagiaires en ont bénéficié avec 85,6 % de certifications professionnelles à la clé et une insertion dans l’emploi à l’issue de la formation de 73 %.

« Pour nous, c’est une revanche sur la vie, une victoire culturelle, économique et sociale », estime Sayed. Cet Afghan de 28 ans a suivi une formation de cariste pendant neuf mois en 2018 avant d’être embauché dans une entreprise de l’Essonne. « Mes difficultés de français étaient très handicapantes pour moi et, même avec le statut de réfugié, je n’arrivais pas à trouver de travail. » Au lancement du programme, Pascale Gérard se souvient avoir trouvé des personnes en réelle détresse, « qui nourrissaient parfois même une certaine aigreur vis-à-vis de la République, qui leur avait assuré que le statut de réfugié leur permettrait de travailler ou d’entrer dans des dispositifs de formation de droit commun. Or, dans les faits, ce n’était pas le cas ».

Organiser le parcours d’insertion au plus tôt

Avec ce programme, les réfugiés retrouvent espoir. Durant tout le temps de leur formation, ils sont logés dans les locaux de l’Afpa et n’ont pas à se soucier des à-côtés qui peuvent se révéler autant de freins supplémentaires à leur parcours d’intégration. L’Afpa, elle, mise sur 1 500 stagiaires en 2021 et continue, quatre ans après le lancement du programme, à chercher les moyens de le perfectionner. Dans un livre blanc intitulé Accueillir les réfugiés… autrement ? L’insertion professionnelle au cœur de l’intégration, elle suggère d’enclencher les parcours d’insertion des migrants dès la demande d’asile afin de limiter les impacts négatifs de la période d’attente. Cette proposition est soutenue par la CFDT, attachée à l’idée qu’il faut mettre en place des parcours d’insertion le plus tôt possible et élargir au maximum le droit au travail. « Derrière la question de l’intégration se dessine celle des moyens que l’État et notre société se donnent pour construire la France de demain, avec ceux qu’elle a décidé d’accueillir », résume parfaitement ce livre blanc.