Élections TPE : dernière ligne droite !

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iconeExtrait de l’hebdo n°3768

La crise sanitaire aura grandement complexifié la campagne des élections dans les très petites entreprises. Les militants CFDT n’ont pas baissé les bras : sur le terrain ou de manière dématérialisée, ils ont multiplié les actions. L’enjeu est de taille : le scrutin, du 22 mars au 6 avril, concerne près de 5 millions de salariés !

Par Emmanuelle Pirat, Jérôme Citron et Nicolas Ballot— Publié le 09/03/2021 à 13h00 et mis à jour le 09/03/2021 à 16h07

De gauche à droite, au premier plan : Laurent Berger, Serge Nardelli, secrétaire général du Syndicat CFDT Commerce et Services des Bouches-du-Rhône, et Nicolas Dubure, délégué syndical de la société de transport Canavese (à Aubagne).
De gauche à droite, au premier plan : Laurent Berger, Serge Nardelli, secrétaire général du Syndicat CFDT Commerce et Services des Bouches-du-Rhône, et Nicolas Dubure, délégué syndical de la société de transport Canavese (à Aubagne).© Syndheb

Masque chirurgical orange sur le visage, petite fiole de gel hydroalcoolique dans la poche, tracts et guides du salarié en main, la vingtaine de militants du Syndicat Commerce et Services des Bouches-du-Rhône sont fin prêts à arpenter les rues du centre-ville d’Aix-en-Provence, en cette matinée ensoleillée du 4 mars. Heureux de se retrouver « en vrai », ils ont également la chance de recevoir Laurent Berger, venu prêter main-forte le temps d’une matinée consacrée à la campagne TPE. Dans les boutiques, l’accueil est chaleureux, et les discussions s’engagent parfois entre deux clients à servir. Peu d’employés ont entendu parler de cette élection nationale, beaucoup font partie de chaînes et ne sont donc pas directement concernés mais tous apprécient ces courts échanges, qui permettent de leur rappeler qu’ils ont des droits et que des organisations syndicales sont là pour les soutenir en cas de besoin.

Une multitude de sujets abordés

Horaires de travail, rémunérations, plans sociaux… : les sujets ne manquent pas. Secrétaire général du Syndicat CFDT Commerce et Services des Bouches-du-Rhône, Serge Nardelli connaît son secteur sur le bout des doigts. À La Compagnie des petits, une enseigne de mode enfantine dont le siège social est situé non loin de Marseille, il peut même renseigner en direct la responsable de la boutique alors que la marque passe au tribunal de commerce le jour même.

“Nous savons que la crise touche ou va toucher de manière plus dure les salariés des petites entreprises. Il faut leur donner de la visibilité pour qu’ils ne soient pas oubliés et que tous les dispositifs d’accompagnement puissent arriver jusqu’à eux.”

Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT

Laurent Berger, qui multiplie chaque semaine les rencontres en visio avec les équipes CFDT, se prête lui aussi au jeu. « Ce sont ces rencontres, ces témoignages qui nourrissent nos revendications au niveau national, explique-t-il. Nous savons que la crise touche ou va toucher de manière plus dure les salariés des petites entreprises. Il faut leur donner de la visibilité pour qu’ils ne soient pas oubliés et que tous les dispositifs d’accompagnement puissent arriver jusqu’à eux. »

Le maintien de la proximité

D’où l’importance d’obtenir le meilleur score possible lors de ce scrutin (lire l’encadré) qui concerne quelque 4,5 millions de salariés des entreprises de moins de 11 salariés mais aussi les employés à domicile ainsi que les apprentis dès 16 ans. La crise sanitaire, les confinements à répétition, les mesures de couvre-feu et les gestes barrières n’ont pas facilité la tâche des militants qui ont mené cette campagne. Mais ils n’ont pas baissé les bras. En dépit de l’annulation de nombreuses actions, beaucoup d’équipes n’ont pas déserté le terrain. Partout en France, des militants se sont activés, sans se laisser décourager par les mesures barrières ou le nombre de commerces fermés, par exemple les hôtels-cafés-restaurants (HCR), souvent visités lors des précédentes campagnes TPE.

Un peu partout dans les régions…

Dans le Grand Est, Hassan Afgour – responsable de la campagne TPE siégeant à la CPRIA (commission paritaire régionale interprofessionnelle de l’artisanat) – comptabilise chaque mois plus de vingt actions de terrain : auprès des salariés des boulangeries au travers de l’opération sacs à pain (organisée par la Fédération générale de l’Agroalimentaire), des garages, des auto-écoles, etc. Et à chaque visite qu’il effectue, les poches pleines de documents, goodies et autres précieux outils d’information, il prend le temps de discuter.

“Faire campagne, ce n’est pas je dépose les infos, les guides et je m’en vais. Si je sens que ce n’est pas le moment d’échanger, je reviens.”

Hassan Afgour, responsable de la campagne TPE de l’URI Grand Est

« Faire campagne, ce n'est pas je dépose les infos, les guide et je m'e vais. Si je sens que ce n’est pas le moment d’échanger, je reviens », explique-t-il, convaincu que « les salariés ne vont pas venir vers nous par magie ! ».

En région Centre-Val de Loire, Nicolas Ubel, responsable du Syndicat des Services du Val de Loire, reconnaît qu’il a été plus difficile de toucher certains salariés, dont les assistantes maternelles, les salariés des HCR ou du particulier employeur. Mais il a également effectué des tournées dans les commerces de villes comme Tours, Blois ou Amboise pour aller à la rencontre des salariés des commerces (salons de coiffure, d’esthétique, cavistes…) avec, pour ceux rencontrés à Tours, « une invitation à passer à la boutique CFDT » installée en centre-ville. La boutique servira d’ailleurs de « plateforme de vote en accueillant les salariés pendant toute la durée du scrutin ». Plusieurs opérations visant à rencontrer les apprentis des CFA sont également programmées d’ici au 22 mars. Mais, plaide-t-il, « il ne suffit pas de rencontrer ces salariés une fois tous les quatre ans. C’est une véritable stratégie de fidélisation qu’il faut poursuivre ».

Une campagne différente des précédentes

Bien sûr, « la crise sanitaire a largement bousculé tout le déroulé de la campagne électorale. Il a fallu s’adapter. Mais cela nous a conduit à changer nos pratiques, à innover et faire de la proximité autrement », note Inès Minin, secrétaire nationale chargée du dossier. Ainsi, beaucoup de nouveaux outils et de nouvelles pratiques ont-ils été mis en œuvre ces derniers mois : le lancement d’applications TPE, à l’instar de celle de la Fédération des Services ; le site TPE de la CFDT-Cadres, nourri de nombreux témoignages, de vidéos, d’informations de toutes sortes, s’adressant spécifiquement aux cadres des TPE ; la tenue de webinaires, de Facebook Live, etc.

La hotline, le service CFDT utile proposé pour la campagne...
La hotline, le service CFDT utile proposé pour la campagne...© Syndheb

D’autres actions se sont déroulées de manière dématérialisée, comme ces « kiosques ass mat », qui ont permis à de nombreuses assistantes maternelles de participer à des réunions en visioconférence. Lors de l’une d’elles, certaines de ces travailleuses ont pu directement dialoguer avec Laurent Berger. À la Fédération Santé-Sociaux (dont dépendent les assistantes médicales), c’est une opération de phoning très structurée qui a été menée, relayée par une dizaine de syndicats départementaux : cartographie des cabinets médicaux à appeler, script rédigé soigneusement, mettant en valeur des acquis obtenus concernant la nouvelle grille de salaires négociée il y a deux ans par la CFDT.

« Tout a été pensé et travaillé selon une feuille de route précise, explique Badiaa Souidi, responsable de la campagne TPE à la fédération. Les résultats prouvent que c’est une stratégie payante. » « Nous avons reçu un bon accueil alors que j’appréhendais de me faire bouler au téléphone. La précision du script nous a beaucoup aidés. Ce n’était pas un script commercial mais il était tout à fait adapté à nos assistantes », explique Véronique Pineau, responsable adjointe du développement du Syndicat Santé-Sociaux de Loire-Atlantique.

L’appel au vote CFDT

Dans ces dernières semaines avant le scrutin, tous les militants et adhérents doivent être mobilisés.

“Nous connaissons tous dans notre entourage familial, amical, dans notre voisinage, des salariés de petites entreprises… Parlons-leur du scrutin du 22 mars au 6 avril, appelons-les à voter CFDT !”

Joannie Crinon et Olivier Gateau, secrétaires confédéraux

À propos de l'auteur

Emmanuelle Pirat
Journaliste

Au-delà des multiples moyens mis en œuvre (campagne de SMS, spots diffusés sur les chaînes de radio, campagnes d’affichage, etc.), les responsables confédéraux de la campagne TPE nous rappellent que « nous connaissons tous dans notre entourage familial, amical, dans notre voisinage, des salariés de petites entreprises : notre coiffeur ou coiffeuse, la personne qui nous accueille chez notre médecin, qui nous sert le pain à la boulangerie, la nounou qui garde nos enfants, le peintre qui rafraîchit notre appartement… Parlons-leur du scrutin du 22 mars au 6 avril, appelons-les à voter CFDT ! », indiquent Joannie Crinon et Olivier Gateau.

Afin d’aider à amorcer la discussion, la délégation TPE, avec les fédérations, a construit des supports orientés sur les métiers ciblés. Il est possible de trouver ces documents dans le dossier « Sélection outils TPE » de l’espace référents TPE de l’espace adhérent. À nous tous de mouiller la chemise !

Une première place à consolider !

Ce troisième scrutin de représentativité dans les TPE, après ceux de 2012 et 2016, tous deux marqués par une trop faible participation, est primordial pour toute la CFDT. Car les résultats obtenus par les organisations syndicales du 22 mars au 6 avril se cumuleront à ceux obtenus dans toutes les entreprises lors des élections CSE depuis 2018 en vue de calculer la représentativité dans le secteur privé. Le vote des 4,5 millions de salariés des entreprises de moins de 11 et des salariés des particuliers employeurs est donc, comme l’écrivait Laurent Berger dans sa lettre jointe au dernier numéro de CFDT Magazine, « capital pour conforter la première place de la CFDT […] Pas une voix d’un adhérent CFDT salarié d’une TPE ou d’un proche travaillant dans une très petite entreprise ne doit manquer ! ».

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