Dangereuse obstination

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iconeExtrait de l’hebdo n°3767

Par Marylise Léon— Publié le 02/03/2021 à 13h00 et mis à jour le 02/03/2021 à 17h11

Marylise Léon, secrétaire générale adjointe de la CFDT
Marylise Léon, secrétaire générale adjointe de la CFDT© Virginie de Galzain

Ainsi, le gouvernement est décidé à aller au bout de sa réforme. Alors que la plupart des réformes économiques et sociales ont été suspendues depuis le début de la pandémie, celle de l’assurance-chômage est entrée aujourd’hui dans sa dernière phase, la ministre du Travail se disant déterminée à une application des nouvelles règles dès cet été. Pourquoi un tel acharnement ? Miser sur une reprise imminente du marché de l’emploi est un pari aussi risqué qu’utopique, qui pour des centaines de milliers de personnes va se traduire par un durcissement des règles d’indemnisation et une précarisation accrue.

La philosophie même de cette réforme – faire des économies en incitant coûte que coûte au retour à l’emploi – était déjà un problème en soi. S’obstiner en pleine période épidémique, alors qu’une partie de l’économie est toujours à l’arrêt, confine à l’absurde. Certains nous opposeront sans doute le sempiternel problème de la dette du régime… quitte à omettre un détail d’importance : depuis le début de la crise, la moitié de l’activité partielle sous laquelle l’exécutif maintient l’économie est financée par ce même régime. Car c’est là le sens même de l’assurance-chômage : sécuriser celles et ceux qui en ont besoin en cas de coup dur.

À propos de l'auteur

Marylise Léon
secrétaire générale adjointe de la CFDT

On aurait pu croire que les deux vagues épidémiques qu’a connues notre pays étaient venues renforcer ce sentiment, côté patronal comme syndical, que la préservation de l’emploi était finalement le seul sujet qui vaille. On peut aujourd’hui légitimement douter que cette priorité soit totalement partagée au sommet de l’État. L’objectif semble désormais purement politique, avec un prix à payer extrêmement dangereux à plus d’un titre pour notre société. Au-delà de leur précarisation matérielle, ce sont des centaines de milliers de personnes que le gouvernement refuse de reconnaître comme victimes de la crise actuelle.