Vulnérabilités en entreprise : ce que disent les salariés, ce que pensent les dirigeants

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iconeExtrait de l’hebdo n°3779

Qu’elles soient d’origine personnelle ou professionnelle, les fragilités des salariés ont un impact sur la vie d’une entreprise. Comment les repère-t-on, les prend-on en charge ? Regards croisés de salariés et dirigeants. 

Par Claire Nillus— Publié le 25/05/2021 à 12h00

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Si les enquêtes sur la santé mentale des salariés en 2020 sont légion, « peu donnent des indicateurs sur la façon dont les entreprises s’en préoccupent », estime Alain Galopin, secrétaire confédéral. En cela, les résultats de l’« Étude 2020 sur les vulnérabilités en entreprise » de Malakoff Humanis, présentés aux mandatés CFDT de la protection sociale le 17 mai dernier, pourraient être un outil précieux. Deux ans après une première enquête sur ce thème, le groupe de protection sociale a cherché à mesurer l’impact de la crise sanitaire, son rôle d’amplificateur mais aussi d'accélérateur des prises de conscience des entreprises. 

“6 salariés sur 10 disent que leurs problèmes personnels rejaillissent sur leur vie professionnelle.”

Isabelle Mosneron Dupin

« Par fragilités, nous entendons des situations d’exposition à une difficulté ou un risque important face auxquelles on manque de ressources ou de capacités pour se protéger ou pour les surmonter », précise Isabelle Mosneron Dupin qui a piloté cette enquête. Une définition dans laquelle se sont reconnus 55 % des salariés du secteur privé interrogés (en hausse par rapport à 2018), 35 % d’entre eux ayant même déclaré cumuler les deux types de fragilités (personnelle et professionnelle) ! « Nous craignons que cela augmente encore, car 6 salariés sur 10 disent que leurs problèmes personnels rejaillissent sur leur vie professionnelle », poursuit Isabelle Mosneron Dupin.

Et côté employeurs ?

Sur ce point, l’étude met en lumière d’importants écarts de perception du mal-être : 8 dirigeants sur 10 ont déclaré être préoccupés par ces situations, tandis qu’un salarié sur deux pense le contraire… Autre différence notoire : 76 % des employeurs disent avoir mis en place « au moins une action » pendant la crise du Covid-19, alors que 65 % des salariés trouvent qu’ils ont, eux, manqué d’informations sur les solutions proposées par leur entreprise. « Il nous faut tirer les enseignements de cette différence de perception, au niveau militant, dans la manière dont nous abordons la négociation d’accords ou la mise en place de plans d’action », réagit Alain Galopin. 

Fabrique des solidarités

À propos de l'auteur

Claire Nillus
Journaliste

De peur d’être stigmatisés, de nombreux salariés demeurent en effet malheureusement trop réticents à communiquer sur leurs fragilités, quand les employeurs eux se considèrent légitimes sur ces questions et pensent avoir un rôle social à jouer (56 %). « Le monde syndical ne peut rester spectateur et doit prendre sa place. C’est tout l’enjeu de la fabrique des solidarités, poursuit Alain Galopin. Un projet ambitieux qui conjugue les compétences et l’expérience des mandatés CFDT, syndicats et unions territoriales… afin que les vulnérabilités ne buttent plus sur l’organisation nationale du système de solidarité. »