30 ans, Arte se déchaîne

Dans les locaux d'Arte à Strasbourg. Mars 2021.
Dans les locaux d'Arte à Strasbourg. Mars 2021.© Emmanuelle Marchadour

iconeExtrait du magazine n°473

Faire grandir la compréhension entre pays avec une chaîne culturelle multilingue, un pari fou ? Oui mais réussi ! L’utopie est devenue réalité : Arte souffle ses trente bougies et occupe aujourd’hui une place à part dans le paysage audiovisuel européen.

Par Claire Nillus— Publié le 01/05/2021 à 06h00

Le 2 octobre 1990, la signature du traité interétatique entre la France et l’Allemagne jette les bases d’une chaîne culturelle publique franco-allemande. Arte (« Association relative à la télévision européenne ») est ensuite créée le 30 avril 1991 et apparaît à l’antenne pour la première fois le 30 mai 1992.

Dès l’origine, la chaîne affiche la couleur : pas de publicité, un graphisme et des habillages créatifs et décalés, des programmes majoritairement produits en Europe.

Première chaîne à proposer la fonction replay (Arte + 7), elle a depuis multiplié les canaux de diffusion. À partir d’une application, d’un téléviseur ou d’un ordinateur, 70 % des Européens ont maintenant accès à des programmes dans leur langue maternelle, puisque depuis quelques années, l’Union européenne finance les sous-titres en anglais, espagnol, polonais et italien.

Le confinement a révélé le rôle incontournable des industries culturelles et du numérique, notamment d’Arte, pour qui l’année 2020 a été exceptionnelle avec des records d’audience qui confirment l’intuition de ses fondateurs : il existe bel et bien une culture européenne !

À Strasbourg, les locaux d’Arte sont situés dans le quartier européen. Comme au Parlement, ici, chacun peut s’exprimer dans sa langue s’il trouve cela plus confortable pour défendre son projet.
À Strasbourg, les locaux d’Arte sont situés dans le quartier européen. Comme au Parlement, ici, chacun peut s’exprimer dans sa langue s’il trouve cela plus confortable pour défendre son projet.© Emmanuelle Marchadour
Pour Emmanuel Suard, directeur de la gestion et cogérant d’Arte à Strasbourg : « Arte est à un tournant de son évolution. » Le numérique offre depuis quelques années une grande souplesse pour adapter le visionnage dans tous les pays d’Europe. Il permet d’additionner les publics et d’en assurer le devenir multilingue.
Pour Emmanuel Suard, directeur de la gestion et cogérant d’Arte à Strasbourg : « Arte est à un tournant de son évolution. » Le numérique offre depuis quelques années une grande souplesse pour adapter le visionnage dans tous les pays d’Europe. Il permet d’additionner les publics et d’en assurer le devenir multilingue.© Emmanuelle Marchadour
Le projet éditorial fondateur, c’est de donner de l’espace à la nuance et à la complexité, comme avec la série « En thérapie », qui totalisait déjà 35 millions de vues en février. Rarement un programme d’Arte est entré si vite en résonance avec un public aussi nombreux.
Le projet éditorial fondateur, c’est de donner de l’espace à la nuance et à la complexité, comme avec la série « En thérapie », qui totalisait déjà 35 millions de vues en février. Rarement un programme d’Arte est entré si vite en résonance avec un public aussi nombreux.© Emmanuelle Marchadour
Andrea Fies prépare la grande soirée d’investigation documentaire (Thema), qui mobilise chaque semaine plusieurs métiers sur le plateau, dont machiniste, électricien, ingénieur et assistant son, chef opérateur, truquiste, décorateur, maquilleuse, habilleuse…
Andrea Fies prépare la grande soirée d’investigation documentaire (Thema), qui mobilise chaque semaine plusieurs métiers sur le plateau, dont machiniste, électricien, ingénieur et assistant son, chef opérateur, truquiste, décorateur, maquilleuse, habilleuse… © Emmanuelle Marchadour
Arte emploie 500 salariés permanents et 150 intermittents et pigistes, qui pour certains travaillent là depuis trente ans. Une fidélité qui est le fruit d’une politique vertueuse mise en place avec la CFDT (majoritaire, à 62 %).
Arte emploie 500 salariés permanents et 150 intermittents et pigistes, qui pour certains travaillent là depuis trente ans. Une fidélité qui est le fruit d’une politique vertueuse mise en place avec la CFDT (majoritaire, à 62 %).© Emmanuelle Marchadour
Arte emploie 500 salariés permanents et 150 intermittents et pigistes, qui pour certains travaillent là depuis trente ans. Une fidélité qui est le fruit d’une politique vertueuse mise en place avec la CFDT (majoritaire, à 62 %).
Arte emploie 500 salariés permanents et 150 intermittents et pigistes, qui pour certains travaillent là depuis trente ans. Une fidélité qui est le fruit d’une politique vertueuse mise en place avec la CFDT (majoritaire, à 62 %).© Emmanuelle Marchadour
Le défi d’Arte est de diffuser la totalité de ses programmes en deux langues et en même temps, à l’exception d’une différence culturelle majeure : l’heure du prime time. En Allemagne, il commence plus tôt, à 20 h 15. Le journal télévisé est tourné en direct une fois en allemand, une fois en français. Ici, Marie Labory, une des journalistes françaises, en répétition.
Le défi d’Arte est de diffuser la totalité de ses programmes en deux langues et en même temps, à l’exception d’une différence culturelle majeure : l’heure du prime time. En Allemagne, il commence plus tôt, à 20 h 15. Le journal télévisé est tourné en direct une fois en allemand, une fois en français. Ici, Marie Labory, une des journalistes françaises, en répétition.© Emmanuelle Marchadour
Nazan Gökdemir, journaliste, prépare l’édition allemande du journal.
Nazan Gökdemir, journaliste, prépare l’édition allemande du journal.© Emmanuelle Marchadour
Virginia Robert est responsable du service qui crée toutes les séquences entre les programmes. Il n’y a pas de publicité sur Arte, donc ces éléments sont produits ici ainsi que la présentation et la mise en valeur de tous les contenus numériques. Objectif : refléter la richesse de l’offre et les multiples possibilités d’y accéder (Arte, Arte TV, réseaux sociaux). « Diffuser dans deux pays est un exercice redoutable parfois ! Comment faire passer l’émotion suscitée par la disparition de Jean-Pierre Bacri à nos voisins d’outre-Rhin, par exemple ? »
Virginia Robert est responsable du service qui crée toutes les séquences entre les programmes. Il n’y a pas de publicité sur Arte, donc ces éléments sont produits ici ainsi que la présentation et la mise en valeur de tous les contenus numériques. Objectif : refléter la richesse de l’offre et les multiples possibilités d’y accéder (Arte, Arte TV, réseaux sociaux). « Diffuser dans deux pays est un exercice redoutable parfois ! Comment faire passer l’émotion suscitée par la disparition de Jean-Pierre Bacri à nos voisins d’outre-Rhin, par exemple ? »© Emmanuelle Marchadour
Tous les programmes arrivent sur la plateforme Trafic/Ingest, sorte de gare de triage. « Ils sont visionnés, vérifiés, adaptés, traduits et rediffusés selon le format et le canal souhaité », explique Nicolas Tritz, le responsable.
Un service qui doit s’adapter rapidement à la demande, comme depuis mars 2020, avec les retransmissions en live de concerts captés depuis les salles de spectacle (#OnResteOuvert).
Tous les programmes arrivent sur la plateforme Trafic/Ingest, sorte de gare de triage. « Ils sont visionnés, vérifiés, adaptés, traduits et rediffusés selon le format et le canal souhaité », explique Nicolas Tritz, le responsable. Un service qui doit s’adapter rapidement à la demande, comme depuis mars 2020, avec les retransmissions en live de concerts captés depuis les salles de spectacle (#OnResteOuvert).© Emmanuelle Marchadour
La diffusion intègre la production des deux pays à la minute près : 40 % des programmes sont produits par Arte France, 40 % sont fournis par l’Allemagne et 20 % par Strasbourg (journal télévisé en deux langues, soirées Thema, interséquences).
La diffusion intègre la production des deux pays à la minute près : 40 % des programmes sont produits par Arte France, 40 % sont fournis par l’Allemagne et 20 % par Strasbourg (journal télévisé en deux langues, soirées Thema, interséquences).© Emmanuelle Marchadour
Prendre de la hauteur, loin des platitudes et de la banalité… Cette œuvre de Stephan Balkenhol, devant l’entrée du bâtiment, est devenue un symbole pour les Strasbourgeois, synonyme de l’ouverture aux autres cultures
Prendre de la hauteur, loin des platitudes et de la banalité… Cette œuvre de Stephan Balkenhol, devant l’entrée du bâtiment, est devenue un symbole pour les Strasbourgeois, synonyme de l’ouverture aux autres cultures© Emmanuelle Marchadour