5G : l'urgence d'un débat

iconeExtrait du magazine n°471

Indispensable ou superflu, indissociable de l’économie du futur ou absurdité pour l’environnement, le passage à la 5G suscite les controverses et les clivages. Reposons les fondamentaux d’une réflexion plus sereine concernant un sujet devenu hautement inflammable. Et pour lequel la CFDT demande, en préalable, un débat démocratique digne de ce nom.

Par Emmanuelle Pirat— Publié le 05/03/2021 à 09h00

Certaines villes, comme Poitiers, ont organisé une consultation citoyenne à propos 
du déploiement de la 5G.
Certaines villes, comme Poitiers, ont organisé une consultation citoyenne à propos du déploiement de la 5G.©RÉA

Pour ou contre la 5G ? Partisan du progrès ou de la « lampe à huile » ? C’est malheureusement en ces termes que le débat a été proposé aux citoyens (ou plutôt qu’il a été empêché) à l’arrivée de la cinquième génération de réseaux mobiles. Le sujet mérite pourtant mieux que la caricature, car prendre le tournant de cette technologie n’est pas une décision anodine. La 5G n’est pas une 4G améliorée : la nature des infrastructures change, et de nouvelles fréquences d’ondes sont utilisées (de 3,5 GHz à 26 GHz). C’est donc un moment de rupture technologique aux conséquences économiques, sociétales et environnementales majeures, dont on peine encore à imaginer toutes les implications au-delà de la voiture autonome ou de l’usine pilotée à distance.

Alors que les réseaux arrivent à saturation, et tandis que les besoins des industries, des services, du télétravail ou des loisirs demandent des capacités de connexion toujours plus élevées, cette nouvelle technologie est considérée par de nombreux acteurs, notamment les industriels et les opérateurs, comme une nécessité. Parce qu’elle est plus performante que la 4G, qu’elle permet un débit décuplé, une latence dix fois plus faible (c’est-à-dire que le temps nécessaire à la transmission de l’information est divisé par dix), et qu’elle a une densité plus forte (quand le réseau 4G permet la connexion de 10 000 appareils par km2, la 5G peut aller jusqu’à 1 million), pour ses partisans, l’avenir passe nécessairement par la 5G.

De plus, accuser du retard dans le déploiement de la 5G leur laisse craindre de voir d’autres concurrents (la Chine ou la Corée du Sud ont déjà sauté le pas) prendre définitivement le leadership sur cette technologie. Autre crainte, un retard d’équipement en infrastructures 5G freinerait le développement de nouvelles activités sur le territoire français.

Les risques sur la santé et l’environnement

Si, pour ses partisans, la 5G est surtout une affaire d’opportunités économiques, ses détracteurs mettent en avant les risques sur la santé et sur l’environnement. À l’heure actuelle, aucune étude* ne rend vraiment compte de l’impact sur la santé de l’exposition aux ondes électromagnétiques. « Des normes publiques encadrent les activités de télécoms – le niveau d’émission des téléphones portables, par exemple –, mais la communauté scientifique est partagée sur leur pertinence », explique Augustin Bourguignat, chargé du dossier des politiques industrielles à la Confédération.

À l’heure où tous les voyants sont au rouge concernant le réchauffement climatique, l’accroissement exponentiel des volumes de données échangées, et donc de la consommation d’énergie, est un risque majeur de la 5G.

« La question des ondes électromagnétiques est majeure dans la mesure où la 5G utilise des fréquences plus élevées, notamment les ondes dites millimétriques, pour lesquelles nous n’avons de recul nécessaire ni sur leur utilisation ni sur leur impact sur le métabolisme humain, et qui ont de plus une portée plus courte, imposant de multiplier le nombre des antennes, tous les 300 mètres environ. Davantage de personnes seront donc susceptibles d’être exposées à ces ondes. »

Second sujet d’inquiétude et de controverse : les impacts environnementaux. À l’heure où tous les voyants sont au rouge concernant le réchauffement climatique, l’accroissement exponentiel des volumes de données échangées, et donc de la consommation d’énergie, est un risque majeur de la 5G. « Une station de base 5G va consommer entre deux et trois fois plus d’énergie qu’une station 4G », rappelle le laboratoire d’idées The Shift Project, très critique sur cette technologie. Sans oublier la consommation énergivore des data centers.

Le remplacement des matériels rendus obsolètes (les 65 millions de smartphones en circulation en France, par exemple) va aussi charger la note écologique. Alors même que les promesses d’optimisation énergétique grâce à la 5G restent encore très peu quantifiables.

Que revendique la CFDT ?

La CFDT demande instamment qu’un débat public puisse avoir lieu à tous les niveaux (…)

Dans ce contexte de défiance aiguë vis-à-vis de cette technologie, où « la 5G est devenue un terrain d’opposition caractérisée par une certaine radicalité, sur lequel prospèrent les théories du complot », comme l’indique Augustin Bourguignat, la CFDT demande instamment qu’un débat public puisse avoir lieu à tous les niveaux : consultation citoyenne (cela se fait déjà dans plusieurs villes, comme à Poitiers), consultation des acteurs de la société civile, débat parlementaire…

En parallèle, il est indispensable de financer des études scientifiques indépendantes permettant d’éclairer la décision publique. Si la question n’est plus d’y aller ou pas (les premiers créneaux de fréquences ont d’ailleurs été attribués aux quatre opérateurs français en novembre 2020), l’enjeu est de savoir comment. Il est encore possible de peser sur des choix majeurs d’ici à 2023, date à laquelle la 5G va véritablement être déployée à grande échelle. Un temps qui doit être utile. Bien des questions restent en suspens et doivent impérativement être débattues. Le temps presse.

* À la demande du ministère de la Transition écologique, l’Anses prépare un rapport relatif à l’effet des ondes sur la santé.

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