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Se reconvertir en temps de crise

Changer de vie, de ville, de métier… la tentation est grande de repartir de zéro et de retenter sa chance dans un monde du travail chaotique. Entre VAE (validation des acquis de l’expérience), CEP (conseil en évolution professionnelle) et bilan de compétences, on peut trouver son cap, l’envie de se former et de se relancer. Témoignages.

Par Claire Nillus et Marie-Nadine Eltchaninoff— Publié le 20/01/2021 à 07h42

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© Réa

La pandémie transforme radicalement le monde du travail. Des secteurs entiers licencient massivement, des millions de travailleurs s’interrogent sur leur avenir. « On constate deux choses, explique Marc-Éric Bobillier Chaumon, titulaire de la chaire de psychologie du travail au Cnam (Conservatoire national des arts et métiers). Il y a, d’un côté, ceux qui veulent se réorienter et, au final, se replient sur leur travail et veulent montrer qu’ils sont encore performants… et ceux pour qui la crise agit comme un accélérateur du changement. Dans les deux cas, la période est difficile et l’individu doit solliciter toutes ses ressources pour supporter les nouvelles tensions d’ordre familial, professionnel, économique et sanitaire qu’elle génère. »

Dans un contexte aussi chamboulé – au 3 décembre, l’Insee recensait déjà 715 000 emplois détruits durant le premier semestre 2020 –, il ne faut pas hésiter à se faire accompagner.

Devenir acteur du changement

Nathalie, déléguée CFDT dans une agence nancéienne de services à domicile, était en plein conflit avec son employeur. Elle a d’abord demandé le soutien de son syndicat pour pouvoir démissionner en faisant valoir ses droits. Elle est ensuite retournée dans sa région d’origine, à Aubagne, où elle a obtenu un logement avec l’aide d’Action Logement, puis a sollicité et obtenu un coup de pouce de sa banque entre deux rentrées d’argent pour reprendre une activité d’assistante de vie sociale à son compte. Aujourd’hui, à 46ans, après avoir activé son compte personnel de formation, elle commence une VAE (validation des acquis de l’expérience) pour devenir technicienne d’insertion sociale et familiale. «Il y a des aides! Mais beaucoup de gens ne les connaissent pas», résume-t-elle.

Ainsi, le conseil en évolution professionnelle (lire l'encadré) est encore mal connu alors que « c’est maintenant la première marche pour des personnes qui traversent une période compliquée dans des secteurs sinistrés », souligne Mourad, conseiller au sein de l’association CEP Paritaire Île-de-France. Depuis juillet dernier, la demande explose : personnels navigants, salariés des commerces, employés dans la restauration… Comme Bruno, 42 ans, dont l’hôtel est fermé depuis mars dernier. Il cherchait une formation pour devenir administrateur des systèmes et réseaux informatiques et a pu finaliser son projet avec l’association.

«Le premier contact avec nous se fait très simplement», par téléphone, détaille Mourad. Ensuite, un deuxième rendez-vous d’une durée d’une heure et demie environ (et si possible de visu) permet d’engager des recherches concrètes pour un emploi ou une formation. Objectif: devenir acteur du changement au lieu de le subir, en lien avec le conseiller, pendant plusieurs mois si nécessaire. «Nous aidons les bénéficiaires à monter des dossiers en béton pour qu’ils puissent décrocher la bonne formation.»

Clarifier, prendre position, s’affirmer

Sur les conseils du CEP, trouver sa voie, c’est aussi au moyen du bilan de compétences. «Ce dispositif est souvent délaissé au profit d’une formation qui peut se révéler mal préparée, voire décevante», constate Pascale Pestel, consultante et gérante de Motivia Consultants: «J’ai vu beaucoup de personnes se lancer dans une reconversion, pressées par le temps et sans avoir pu réfléchir à leur projet. Au final, leur compte formation est à sec, leur projet à zéro, et il faut tout reprendre depuis le début. Au lieu de gagner du temps, elles en ont perdu…», constate-t-elle.

Que propose un bilan de compétences? «Ce n’est ni une évaluation ni un diagnostic mais un accompagnement, précise Pascale Pestel. Ce n’est pas non plus un retour dans le passé mais un moyen de construire l’avenir.» Car le temps du bilan sert notamment à décortiquer tout ce qui constitue le quotidien du travailleur, heure par heure, et qui n’est jamais décrit ni dans une fiche de poste ni dans une conversation entre amis. «Les personnes ne racontent jamais de cette manière ce qu’elles font pendant toute une journée.» Or cet aspect-là du travail, rempli d’infimes détails, doit être détricoté et analysé pour prendre conscience de ce que l’on a appris année après année. Au cours du bilan, la consultante propose donc d’«organiser l’information» que l’on a de son travail, par de nombreux moyens. «Ce n’est pas le but affiché d’un bilan, et pourtant, en entretien d’embauche, savoir bien parler de son travail est un plus qui fait vraiment la différence.»

Bien sûr, prendre du temps pour analyser son expérience, son vécu et ce qui nous porte n’est pas du tout évident quand il y a urgence. Mais s’arrêter sur ses choix, ou l’absence de choix, est précisément ce qui permet d’en faire d’autres ou, au contraire, d’être conforté dans ce que l’on fait. Comme Lucie, infirmière depuis 2006 et qui, après avoir passé des années aux urgences, s’est dit: «J’arrête! C’est devenu trop violent pour moi.» Elle a commencé son bilan de compétences en janvier2020 avec l’envie ferme de changer de métier. «Pendant six mois, j’ai brassé mon parcours professionnel, personnel et même scolaire. Et j’ai compris que j’aimais ce que je faisais mais que j’avais besoin d’exercer différemment. Je me suis lancée en libéral. Mais ce que je constate, c’est que le travail entamé avec le bilan se prolonge car j’ai acquis des outils pour prendre du recul et les bonnes décisions.»

Alain, lui, a choisi, au terme de son bilan de compétences, de changer de région en acceptant un job qu’il ne voulait plus faire : en fin de compte, c’est ce qui lui convenait. « Un bilan permet de prendre l’air et de refaire connaissance avec le monde, résume Pascale Pestel. C’est une ouverture vers l’extérieur, une exploration du réel que l’on n’imaginait pas ou différemment. Pas question de se limiter à internet pour ses recherches : il faut rencontrer des professionnels et vérifier la faisabilité de son projet. »                

Le CEP, une première étape indispensable

Gratuit et accessible à tous, le conseil en évolution professionnelle (CEP) est un dispositif encore trop méconnu.

Passer des heures sur internet à la recherche de la formation idéale, se perdre dans la jungle des sigles, spéculer sur des métiers d’avenir hypothétiques… toute personne ayant un jour souhaité évoluer professionnellement a connu ces affres. Pour aborder cette étape en toute sérénité, mieux vaut consulter un conseil en évolution professionnelle (www.infocep.fr) en amont de toute autre démarche. Ce droit, créé en 2014, reste méconnu. « Les personnes qui veulent changer de voie pensent souvent au bilan de compétences mais pas au CEP, explique Michèle Perrin, secrétaire confédérale CFDT. Le CEP peut parfois suffire, il est entièrement gratuit et permet d’avancer dans sa réflexion, quitte à l’approfondir par la suite dans le cadre d’un bilan de compétences. Le conseiller en évolution professionnelle saura alors aiguiller le candidat vers le bon interlocuteur. » Un passage par le CEP est d’ailleurs obligatoire quand un salarié démissionne pour se reconvertir dans le cadre du dispositif créé en 2019 et qui ouvre des droits aux allocations chômage. Tous les actifs du privé ont droit au CEP : salariés en poste, demandeurs d’emploi et travailleurs indépendants. Nul besoin d’une autorisation de l’employeur, le conseiller est extérieur à l’entreprise et reçoit les personnes en toute confidentialité, en dehors du temps de travail. Il comprend deux niveaux, réalisables en plusieurs étapes, selon les besoins du candidat. Le premier permet de faire le point sur sa situation, de formuler ses objectifs, de vérifier leur faisabilité, en étudiant le marché de l’emploi dans un secteur et une région donnés. « Les conseillers ont une bonne connaissance de leur bassin d’emploi et des débouchés potentiels des différents métiers », souligne Michèle Perrin. Le second niveau est consacré à la mise en œuvre du projet : choisir la formation adéquate et monter un dossier de financement. Autant d’étapes où l’expertise du CEP sera utile.

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