La CFDT de General Electric (GE) promeut l’indépendance européenne en matière d’énergie

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iconeExtrait de l’hebdo n°3760

Les annonces de plans sociaux se multiplient dans les entités de GE, en France comme dans toute l’Europe. Dernière en date, la partie centrales électriques vapeur incluant la fameuse turbine Arabelle (qui équipe les centrales nucléaires). Première organisation syndicale du groupe, la CFDT se bat pour sauver des emplois et assurer un avenir à la filière en France et en Europe. Un enjeu de souveraineté.

Par Jérôme Citron— Publié le 14/01/2021 à 11h20

Première organisation syndicale de GE, la CFDT se bat pour sauver des emplois
Première organisation syndicale de GE, la CFDT se bat pour sauver des emplois© Hamilton Réa

À propos de l'auteur

Jérôme Citron
rédacteur en chef-adjoint de CFDT Magazine

La rémunération de Larry Culp résume à elle seule la politique du conglomérat américain ces dernières années. Alors que le PDG de General Electric a licencié des dizaines de milliers de salariés et perdu d’importants contrats, les actionnaires ont approuvé un package qui pourrait lui permettre de percevoir 47 millions de dollars, voire 230 millions en 2025 si l’entreprise remonte en Bourse. Même les plus libéraux des journaux d’économie américains crient au scandale. Pour les salariés français, cette annonce rendue publique pendant les vacances de Noël n’étonne guère mais n’est évidemment pas de nature à rassurer quant à la logique privilégiée par l’entreprise, davantage financière qu’industrielle.

Avalanche de plans sociaux

Depuis plusieurs années, on assiste à une multiplication des plans sociaux dans toutes les entités du groupe. Quand GE a racheté Alstom Power en 2015, les Américains étaient pourtant vus comme des sauveurs. L’ancien fleuron français avait besoin d’argent frais pour poursuivre ses investissements et l’opération n’occasionnait pas de doublon car GE n’était pas présent sur ces activités en France. Promesse avait même été faite de créer un millier d’emplois en trois ans. Cinq ans plus tard, le compte n’y est pas – l’effectif actuel étant même inférieur à celui de 2015.

Après un plan social dans la partie turbines à gaz en 2019 (600 emplois menacés sur un total de 1 900), c’est au tour de la partie vapeur de se retrouver dans l’œil de cyclone. En décembre 2020, les directions de GE Steam Power (Systems et Services) ont annoncé un PSE. En France, 318 postes sont menacés sur 2 600 (et 1 500 sur 7 000 en Europe). Pour le Territoire de Belfort, c’est un nouveau crève-cœur. La CFDT, première organisation syndicale du groupe avec plus de 40 % des voix aux dernières élections, estime à près de 3 000 le nombre d’emplois directs et indirects en train d’être supprimés localement lorsque l’on additionne les différents PSE.

« La direction justifie ce PSE par l’abandon en Europe du marché de la centrale à charbon, qui n’est plus rentable par rapport à celui de l’Asie, explique François Trinquet, délégué syndical CFDT et élu au comité d’entreprise (CE) européen. GE se concentrerait sur les turbines à vapeur pour le nucléaire, où le savoir-faire européen reste compétitif. Le problème, c’est que l’on vend beaucoup moins ces turbines géantes, et que le marché est très cyclique. Aujourd’hui, les usines tournent à plein régime mais s’il n’y a aucun investissement pour diversifier l’activité, nous risquons de nous retrouver en sous-activité dans quelques années. »

Pour les élus CFDT, l’enjeu n’est pas seulement de limiter la casse sociale, en circonscrivant autant que possible les départs contraints, mais également d’obtenir des engagements en matière industrielle. Pris dans une logique de désendettement afin de faire remonter la valeur de ses actions, GE semble engagé dans une course vers les pays à bas coût qui menace l’ensemble de la filière énergétique européenne. « Il y a clairement un enjeu de souveraineté du continent, insiste Patrice Pujol, délégué syndical central CFDT. Aujourd’hui, nous sommes très inquiets de voir disparaître une grande partie de notre expertise et de notre savoir-faire. On ne peut pas encore affirmer que l’avenir de la filière est menacé à moyen terme mais si le problème n’est pas pris à bras-le-corps par les élus français et européens, la désindustrialisation va se poursuivre jusqu’à perdre toute indépendance par rapport à l’Asie en matière d’énergie. »

Et cette crainte ne pèse pas uniquement sur l’avenir des usines, comme on pourrait le croire. Dans le cas du plan de sauvegarde de l’emploi de l’entité vapeur, c’est plutôt la partie conception de projets qui est touchée. Dans d’autres entités du groupe, on voit disparaître une partie de la gestion informatique, la conception des centrales hydrauliques ou encore la gestion des réseaux électriques face aux défis des énergies intermittentes renouvelables, et ce, toujours au profit de pays asiatiques (notamment l’Inde). « C’est un cercle vicieux, résume François Trinquet. Pour se désendetter, GE limite les investissements, fait la chasse aux coûts et vend ses activités. Il y a un projet financier mais pas de projet industriel. De plus, en tant que groupe américain, GE n’est pas sensible à la question de l’avenir de l’industrie en Europe. Lorsqu’il vend une activité, il n’a pas le souci que cette dernière soit pérennisée sur un territoire. »

Mener de front le court et le moyen terme

Les élus CFDT de GE sont donc contraints de se battre en même temps sur deux fronts : le court et le long terme. Dans le cadre du PSE de la partie vapeur, ils viennent d’obtenir deux mois supplémentaires par rapport au minimum légal dans l’optique d’examiner et d’infléchir le projet de la direction. Un temps utile pour négocier pied à pied et qui sera également mis à profit en vue de convaincre les politiques de l’urgence d’agir afin d’assurer la pérennité de cette activité industrielle essentielle en Europe. Un beau challenge.