“Une onde de choc sur l’emploi des femmes est à redouter”

iconeExtrait du magazine n°471

Le 8 mars apporte toujours son lot d’annonces sur l’égalité femmes-hommes, et cette année ne fait pas exception. Le point avec Beatrice Lestic, responsable des droits des femmes à la CFDT.

Par Marie-Nadine Eltchaninoff— Publié le 05/03/2021 à 09h00

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Quel est l’impact de la crise sur l’emploi des femmes ?

Dans son dernier rapport, « Le virus des inégalités » Oxfam signale un recul sensible de la participation des femmes à la vie active, y compris dans des pays « développés ». En France, nous n’avons pas à l’heure actuelle de statistiques et nous avons peu d’études genrées. On sait cependant que les femmes sont majoritaires dans les secteurs les plus impactés par la crise, à savoir le tourisme, le commerce, l’hôtellerie-restauration, la culture, l’événementiel. Ces entreprises sont encore soutenues par l’activité partielle mais si une vague de faillites survenait, l’onde de choc toucherait majoritairement les femmes.
La crise a également un effet délétère sur le travail des femmes et leur charge mentale. Elles continuent d’assumer l’essentiel des tâches domestiques et éducatives ; si l’on ajoute à cela le télétravail, beaucoup finissent par craquer.

À propos de parentalité, le congé paternité (ou deuxième parent) passe de quatorze à vingt-huit jours à partir du 1er juillet prochain. C’est une victoire pour la CFDT ?

En effet. Et c’est attendu par de nombreux futurs parents. La CFDT le réclamait depuis plus de dix ans, nous étions avant-gardistes ! Notre ambition est d’arriver à un congé paternité de deux mois mais vingt-huit jours, c’est un pas important. La période obligatoire de sept jours permet de limiter la pression que les employeurs pourraient exercer pour empêcher la prise du congé. Il va falloir maintenant vérifier l’effectivité du droit pour les pères, qu’ils soient en CDD ou CDI, cadres ou ouvriers. Et c’est bon pour l’égalité professionnelle, car aujourd’hui la charge parentale pèse davantage sur les mères.

Chaque année, avant le 1er mars, les entreprises publient la note obtenue à l’index d’égalité salariale. Quelles améliorations peuvent être apportées à cet outil ?

L’index vise à mesurer les écarts inexpliqués de salaire entre les femmes et les hommes, mais il ne répond pas à la question de la sous-valorisation des métiers dits féminins. Tous les quatre ans, les branches ont l’obligation légale d’ouvrir des négociations en vue de réduire les inégalités femmes-hommes ; hélas, peu d’entre elles s’emparent du sujet des classifications. Sur l’index lui-même, il peut être amélioré. Un nouvel indicateur pourrait mesurer la proportion de femmes dans les bas salaires, comme le propose le think tank Terra Nova.

Le gouvernement dit être favorable aux quotas dans les comités exécutifs et les comités de direction, qu’en penses-tu ?

À propos de l'auteur

Marie-Nadine Eltchaninoff
Journaliste

Cet aspect est déjà partiellement pris en compte dans le calcul de l’index, avec l’indicateur de la part des femmes dans les dix plus hautes rémunérations. On voit d’ailleurs que c’est sur ce point que les entreprises pèchent le plus. Je pense qu’une loi est nécessaire pour instaurer ces quotas dans les comex et codir, afin d’aller au-delà des 17 % observés actuellement. Pour autant, se préoccuper du « plafond de verre », c’est bien mais la dimension systémique des inégalités se situe plutôt au niveau du « plancher collant » des basses rémunérations. C’est d’ailleurs tout le sens de l’action de la CFDT en faveur des travailleurs de deuxième ligne, qui le plus souvent sont des femmes, et pour lesquelles on attend toujours la revalorisation promise.