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Agir contre l’âgisme

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La force de l’âge

Plus nombreuses, en meilleure santé, plus longtemps, les personnes âgées sont souvent victimes d’âgisme, une discrimination à leur égard qui prend diverses formes : condescendance, non-représentativité, barrières d’âge, etc. Une réflexion récente sur cette question a conduit à une prise de conscience de la société et à des pistes de lutte contre ce phénomène.

Par Didier Blain— Publié le 05/02/2021 à 10h05

L’âgisme est comparable au racisme, au sexisme ou à l’homophobie, et est condamné au même titre dans les textes européens.
L’âgisme est comparable au racisme, au sexisme ou à l’homophobie, et est condamné au même titre dans les textes européens.© Réa

1. Elle est l’auteure du Fabuleux Destin des baby-boomers, aux éditions Plon, 368 pages.

« Un octogénaire qui provoque un accident est décrit comme tel dans la presse. Pour un jeune qui entraîne un accident, l’âge n’est pas évoqué ; pourtant les jeunes, bien plus que les personnes âgées, sont responsables des accidents de la route […]. » « La barrière de l’âge pour entrer et sortir de la fonction publique est discriminatoire […]. » Par ces exemples, Michèle Delaunay1, ancienne ministre déléguée aux Personnes âgées et à l’Autonomie, entend dénoncer l’âgisme, la discrimination à l’égard des personnes âgées.

« Une canicule tue 3 000 personnes âgées, c’est une statistique, explique encore Pascal Champvert, le président de l’Association des directeurs au service des personnes âgées ; en revanche, si elle tue 500 enfants, c’est choquant. C’est cela, l’âgisme. » Ce phénomène est comparable au racisme, au sexisme ou à l’homophobie, et est condamné au même titre dans les textes européens.

Le diable se niche parfois dans «de simples expressions agaçantes sous des dehors innocents comme : “Et il veut quoi le papi ?” Plus grave quand c’est un haut fonctionnaire de l’État qui prend les retraités pour des nantis», observe Dominique Fabre, la secrétaire générale de la CFDT-Retraités. D’ailleurs, le terme «retraité» est lui-même contesté par les experts du domaine. « Il y a dans ce mot l’idée d’une sortie de la société, ajoute la syndicaliste. Pourtant, la crise sanitaire a montré l’utilité des personnes âgées. Un grand nombre d’associations ne fonctionnent plus, ou peu, en raison de l’absence des retraités restés chez eux pour se protéger de la Covid. »

« Les personnes âgées n’ont pas à justifier d’une quelconque utilité »

Jocelyne Cabanal, secrétaire nationale de la CFDT chargée de la protection sociale.

« Les responsables syndicaux savent à quel point les retraités sont indispensables au syndicalisme par leurs coups de main et les mandats qu’ils portent, observe Jocelyne Cabanal, secrétaire nationale de la CFDT chargée de la protection sociale. Mais les personnes âgées n’ont pas à justifier leur existence par une utilité quelconque. Elles sont là, c’est suffisant. Il est inacceptable qu’elles aient moins de droits que les autres. La société se diminuerait à ne pas les respecter. »

Pourtant, la place des aînés est rejetée. « On construit rarement des Ehpad [établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes] dans les centres-villes », constate Dominique Fabre. « C’est peut-être cette part de nous-même qui va vieillir que nous rejetons », s’interroge Pascal Champvert.

Dans les établissements spécialisés type Ehpad, l’âgisme se traduit par une absence des personnes âgées et fragilisées dans les instances. Pascal Champvert plaide pour qu’elles soient mieux représentées afin qu’elles puissent s’exprimer sur les questions les concernant mais aussi sur celles qui ne les concernent pas. «L’un des privilèges de la vieillesse, c’est d’avoir, outre son âge, tous les âges, écrivait Victor Hugo. À 80 ans, on sait ce que c’est d’avoir 20, 40 ou 60 ans mais pas l’inverse.»

Étonnamment, alors que la proportion de retraités atteint un quart de la population et continue d’augmenter, les personnes âgées, dont 80 % sont en bonne santé, pratiquent l’âgisme dans une forme d’autodénigrement souvent en lien avec la cessation de l’activité professionnelle. «Une sorte de perte de légitimité professionnelle totalement injustifiée», estime Michèle Delaunay. Pour preuve, le gouvernement a récemment repoussé l’âge de la retraite possible des médecins hospitaliers de 65 ans à 72 ans. EDF fait appel aux électriciens retraités en cas de besoin (tempêtes, intempéries, etc.) et on ne cesse de repousser l’âge de la retraite.

Mais l’âgisme ne frappe pas seulement les retraités. Dans certains secteurs du monde du travail, il intervient parfois dès 45 ans. On sait les difficultés des quinquagénaires à retrouver du travail. Les entreprises hésitent à envoyer en formation des salariés de plus de 55 ans. Sans compter les petites phrases des collègues pour le « dinosaure » de service. «Ces formes d’âgisme sont idéologiques, analyse Jocelyne Cabanal. Nous avons des moyens pour faire face aux reproches adressés aux salariés vieillissants. S’il y a perte de compétences, la formation continue doit y répondre. Pour un problème de santé, mettons en place des mesures de prévention. En cas d’usure au travail, la banque des temps et la GPEC [gestion prévisionnelle des emplois et des compétences] devraient garantir une fin de carrière dans laquelle l’intensité du travail serait prise en compte. »

Michèle Delaunay ne dit pas autre chose : « Il faut en finir avec la retraite couperet et penser l’évolution des métiers pour mettre en place des préparations au vieillissement avec des postes moins exposés, des retraites progressives. »

Aider à la prise de conscience

À propos de l'auteur

Didier Blain
Journaliste

Alors, que faire pour lutter contre l’âgisme ? La députée Audrey Dufeu Schubert a remis un rapport sur ce thème, à la fin de 2019. Il contient 68 propositions visant à modifier le regard de la société sur les aînés mais aussi à leur donner la parole, à créer des institutions spécialisées sur la vulnérabilité et la longévité, à promouvoir une société plus intergénérationnelle. Mais sa sortie a été couverte par le bruit de la rue contre la réforme des retraites. Pour Michèle Delaunay, une plainte auprès de la Cour européenne des droits de l’homme sur un cas emblématique pourrait faire avancer la cause et aider à la prise de conscience. En attendant, elle donne ce conseil à tous les âgés : « Passez à l’action ! Ayez du culot ! » La CFDT en a.