Des apprentis en détresse

Retrouvez le dossier complet
Migrants : France, terre d’écueils

Yaya Camara, un jeune Guinéen de 19 ans apprenti électricien, est menacé d’expulsion à quelques semaines de la validation de son diplôme. Ses enseignants et son patron se battent pour obtenir sa régularisation. Une histoire qui se répète.

Par Marie-Nadine Eltchaninoff— Publié le 02/04/2021 à 08h00

Yaya Camara est originaire de Guinée. Ses professeurs du CFA de Besançon se sont battus contre la menace de son expulsion.
Yaya Camara est originaire de Guinée. Ses professeurs du CFA de Besançon se sont battus contre la menace de son expulsion.©DR

« Bel esprit d’équipe. Apprenti motivé et sérieux. Ton engagement et tes résultats sont satisfaisants. Continue ainsi. » Les appréciations sur les derniers bulletins de notes de Yaya Camara sont autant de preuves touchantes de l’effort d’intégration accompli par ce jeune Guinéen alors âgé de 18 ans, apprenti en deuxième année de CAP électricien au CFA bâtiment de Besançon. Elles figurent dans le volumineux dossier constitué par ses enseignants pour défendre la cause de Yaya, qui se trouve aujourd’hui sous le coup d’une obligation de quitter le territoire français (OQTF).

Une situation hélas fréquente chez les mineurs isolés étrangers accueillis en France au moment de leur accession à la majorité. Le recours déposé par le jeune homme devant le tribunal administratif a été rejeté au motif d’un défaut de validité de ses documents d’identité. Aujourd’hui, ses enseignants et son patron demandent sa régularisation.

Quitter la Guinée pour rejoindre l’Europe a été un choix familial afin que lui, au moins, connaisse une vie meilleure. Yaya est parti de Guinée à 16 ans avec son cousin, mort noyé sous ses yeux pendant la traversée de la Méditerranée. Pris en charge par l’Aide sociale à l’enfance, Yaya a été hébergé dans un centre d’accueil de demandeurs d’asile (Cada) puis a intégré une formation d’électricien en appren­tissage. Ses enseignants ne tarissent pas d’éloges sur le jeune homme, soulignant son sérieux et ses capacités d’adaptation. « Il est respectueux et travailleur. Un peu réservé au début, il s’est rapidement fait beaucoup de copains », note Raphaël Estienney, son professeur référent au CFA. « C’est une crème de gamin ! », renchérit Christine Monnot, déléguée syndicale CFDT des CFA de Bourgogne-Franche-Comté, qui a rejoint Raphaël Estienney dans son combat pour que l’apprenti puisse achever sa formation en toute légalité.

“Dans nos CFA du bâtiment en Bourgogne-Franche-Comté, environ 20 % des apprentis sont des mineurs isolés étrangers […].”

Christine Monnot

Le maître d’apprentissage de Yaya, Roger Duarte, patron d’une petite entreprise du bâtiment à Houtaud, près de Pontarlier (Doubs), ne dit pas autre chose. Lui aussi se bat pour garder son apprenti, à qui il a signé une promesse d’embauche. Mais tant que l’OQTF n’est pas levée, Roger Duarte n’a pas le droit de l’accueillir dans son entreprise, à son grand regret. « Le maître d’apprentissage a tissé des liens professionnels mais aussi affectifs avec ce jeune », explique Raphaël Estienney, qui a lancé le 19 janvier une pétition en ligne signée un mois plus tard par 25000 personnes. « Nous avons alerté le préfet, le conseil régional, les députés de nos circonscriptions respectives, en dernier recours une demande a été adressée à Gérald Darmanin », énumère le professeur référent.

Les patrons artisans vent debout

À propos de l'auteur

Marie-Nadine Eltchaninoff
Journaliste

Tous espèrent une issue favorable à cette affaire, qui n’est pas sans rappeler celle – abondamment relayée sur les réseaux sociaux au début janvier – du patron boulanger Stéphane Ravacley, qui avait entrepris une grève de la faim pour obtenir la régularisation du jeune Laye Fodé Traoré, lui aussi apprenti d’origine guinéenne et menacé d’expulsion. Le boulanger a depuis obtenu gain de cause et s’est joint au collectif de soutien de Yaya. Régulièrement, dans la presse, des artisans prennent la défense de leurs apprentis qui, menacés d’expulsion, voient leurs projets d’avenir voler en éclats. « Dans nos CFA du bâtiment en Bourgogne-Franche-Comté, environ 20 % des apprentis sont des mineurs isolés étrangers, constate Christine Monnot. Ces jeunes ne prennent le travail de personne, les patrons ont du mal à recruter dans ces métiers. La loi doit changer. »